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Attention article publié avant décembre 2005

Lisbonne, 1755

Le 1er novembre 1755, Lisbonne est ravagée par un séisme d'une magnitude estimée entre 8,5 et 9 sur l'échelle de Richter. Bilan : plusieurs dizaines de milliers de victimes. La source exacte du séisme demeure incertaine à ce jour. Mais les récentes recherches menées par Marc-André Gutscher, géologue au CNRS, laissent à penser que cette catastrophe serait due à un mécanisme de subduction océanique dans le golfe de Gibraltar et non à une collision entre la plaque africaine et la plaque eurasiatique.

Ce tremblement de terre, le plus fort de l'histoire sismique européenne, a été ressenti jusqu'à Hambourg et jusqu'au îles des Açores. Le tsunami qui a suivi a détruit les ports du Golfe de Cadix en Espagne, avec des vagues d'environ 5 à 15 mètres de haut. La vaste majorité des séismes de magnitude égale ou supérieure à 8,5 degrés sur l'échelle de Richter intervenus au siècle dernier se sont produits dans des zones de subduction océanique, régions où une plaque océanique glisse sous une plaque continentale qui vient en sens opposé. Les séismes de Sumatra en 2004 (M=9,3) et 2005 (M=8,7) ou du Chili en 1960 (M=9,5) et de l'Alaska en 1964 (M=9,2) sont dus à des zones de subduction.

Différentes campagnes de géophysique marine ont été effectuées récemment dans le détroit de Gibraltar et ont montré la présence d'une zone de subduction : la partie océanique de la plaque africaine s'enfonce vers l'est sous le détroit de Gibraltar, jusqu'à 700 km de profondeur.

Lisbonne Gutscher

© Marc-André Gutscher, CNRS.

Localisation de la zone de subduction dans le détroit de Gibraltar (à gauche) et représentation schématique du phénomène (à droite).


 

À mesure que la lithosphère océanique s'enfonce, elle attire vers l'ouest comme une ventouse le bloc tectonique de Gibraltar qui comprend notamment les chaînes de montagnes des Betiques (sud de l'Espagne) et du Rif (nord du Maroc).

Les données du système global GPS (Global Positioning System) confirment le déplacement de ces régions vers l'ouest de l'ordre de 5 millimètres par an. De plus, les chercheurs ont confirmé l'existence d'une zone de subduction encore en activité en étudiant le prisme d'accrétion, région de la zone de subduction constituée de sédiments.

Depuis 1755, cette zone de subduction n'a provoqué aucune secousse semblable. Le plan de faille paraît « verrouillé » : les contraintes s'accumulent sans que les deux plaques ne bougent l'une par rapport à l'autre. Ce type de subduction océanique ne produit pas de séisme pendant plusieurs centaines d'années. Et lorsque le système se relâche, il engendre de violents tremblements de terre. On retrouve ce système au niveau des plans de failles de Nankai (sud-ouest du Japon), des Cascades (nord-ouest des États-Unis) ou comme nous avons vu plus récemment au nord-ouest de Sumatra.

Les datations de dépôts sédimentaires produits lors de grands séismes dans le Golfe de Cadix (des tsunamites dans la lagune de Cadix, et des turbidités dans la plaine abyssale de Horseshoe) indiquent, en effet, que des séismes d'une magnitude supérieure à 8,5 sur l'échelle de Richter se répètent tous les 1 500 à 2 000 ans. Si le risque de tremblement de terre de magnitude 6 à 7 est important et intervient toutes les décennies, le prochain séisme d'une telle ampleur dans la région de Gibraltar serait attendu pour le quatrième millénaire.

De nombreuses campagnes océanographiques auront lieu dans ce secteur. Avec les éventuels forages demandés auprès du Integrated Ocean Drilling Program (IODP), les nouvelles données permettront de tester ce modèle.


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Contact

Marc-André Gutscher
Unité « Domaines océaniques »
CNRS-Université de Brest
Tél. : +33 (0)2 98 49 87 27
Mél. : marc-andre.gutscher@univ-brest.fr

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