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Attention article publié avant décembre 2005

2,5 à 5 km3 d'eau par kilomètre de plage !

Le tsunami qui a ravagé la côte ouest de Sumatra, le 26 décembre 2004, est l'une des catastrophes naturelles les plus meurtrières de tous les temps. Comment, en quelques minutes, naît, grandit et « opère » un tel monstre ? Les explications d'Hervé Regnauld, professeur de géographie physique à l'Université de Rennes 2 et chercheur au Laboratoire COSTEL (Climat et Occupation du Sol par TELédétection).

Quel mécanisme géophysique a déclenché, au large de Sumatra, le tsunami de décembre 2004 ?
Hervé Regnauld.
Le vaste système de failles que l'on trouve dans l'océan Indien, à une centaine de kilomètres au large de Sumatra, correspond à la plongée de la croûte océanique indienne sous la plaque asiatique, qui porte l'île. Or, l'océan, à cet endroit, ne se contente pas de s'enfoncer. Il se décale aussi latéralement. Il y a donc tout à la fois une poussée descendante vers le Nord-Est et une friction coulissante vers le Nord-Ouest. Le 26 décembre, il s'est produit un jeu vertical proche du mètre et un décrochement latéral supérieur à 40 mètres, ce qui a déclenché un séisme sous-marin. Le plan d'eau s'est alors mis à osciller brutalement, presque à l'aplomb des failles.

Que s'est-il passé sur la côte ?
H. R.
La mer, comme aspirée, a reculé de 100 à 200 mètres. Puis, elle est revenue, sous la forme d'une nappe d'eau plus haute que d'habitude (1,5 à 2 m) et précédée d'un train de houles parallèles (15 mètres de hauteur est une valeur plausible) repoussant tout sur son passage et progressant à plusieurs milliers de km/h (cette vitesse n'est valable qu'au large, à proximité de la côte, elle est tombée à quelques dizaines de km/h). L'effet de ce bulldozer liquide sur la côte basse a été catastrophique parce que les volumes concernés sont gigantesques : une vague de 15 m d'amplitude peut représenter autour de 2,5 à 5 km3 d'eau par kilomètre linéaire de plage. En deux heures, une telle énergie a provoqué un déplacement du littoral comme l'auraient fait 2 000 ans de remontée marine à la vitesse de 1 mm par an ! Le tsunami, pour ainsi dire, a contracté le temps et réduit l'espace. Et il a fonctionné comme un balai qui ramasse sur le fond le sédiment coupant comme du papier de verre, le met en suspension dans l'eau et dépose tout ou partie de sa charge sur la côte. Il faut imaginer une espèce de monstrueuse machine à laver, de tourbillon rempli d'obstacles. Nombre des 175 000 victimes de la vague, à Sumatra, n'ont pas péri par noyade, mais à la suite d'un choc.

Ce jeu d'une faille à la fois coulissante et chevauchante est-il unique à l'échelle de la planète ?
H. R.
Hélas non. Ce type de structure, considéré comme un des modes tectoniques les plus générateurs d'énergie, se retrouve peu ou prou en Californie, dans le nord du Japon et sur une partie du pourtour de la Méditerranée. Il y a aussi une faille que l'on soupçonne d'être  de ce type dans l'Atlantique, au large de Gibraltar. C'est pourquoi nous nous intéressons de très près au tsunami qui s'est produit au sud du Portugal le 1er novembre 1755, à 9 h 50, qui a atteint Lisbonne et dont on a retrouvé des traces jusque dans la Manche, aux îles Scilly. Mais il va de soi que la superficie de l'espace impacté dépend de la configuration du littoral. Le pire cas de figure ? Une baie qui se referme, pourvue d'un fond plat et vaseux et frappée à marée haute.


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à lire

2000 ans en 2 heures : comment un tsunami contracte le temps et réduit l'espace. Hervé Regnauld, in Revue EspacesTemps.net, Mensuelles, 27.04.2005.

Contact

Hervé Regnauld
Laboratoire COSTEL (Climat et Occupation du Sol par TELédétection)
Unité « Littoral, environnement, télédétection et géomatique » (LETG)
CNRS-Universités de Nantes, Brest, Rennes 2 et Caen
Mél : herve.regnauld@uhb.fr

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