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Le chasse-neige indien

La collision entre l'Inde et l'Asie a créé l'Himalaya, mais aussi la péninsule indochinoise. Paul Tapponnier, géophysicien et directeur de l'Unité « Tectonique et mécanique de la lithosphère » du CNRS à l'Institut de physique du globe de Paris (IPGP), étudie la manière dont se sont faites ces déformations.

L'Himalaya rassemble les plus hauts sommets de la planète. Et le plateau tibétain, qui occupe près de 2 millions de kilomètres carrés au nord de ces montagnes, est aussi haut, si ce n'est plus, que le Mont-Blanc (4 807 m). À l'origine de cette démesure : le choc, il y a 55 millions d'années, de deux continents autrefois séparés, l'Inde et l'Asie. La collision se poursuit aujourd'hui. En témoignent les 4 000 secousses, plus ou moins perceptibles, que les sismomètres enregistrent chaque année au Népal.

Carte tectonique de l'Himalaya

© CNRS-Sagascience-GéoManips.

Carte interactive de la tectonique de l'Himalaya.


 

Si on connaît depuis longtemps la cause de l'activité sismique au Tibet, la manière dont les reliefs de cette région se sont formés fait débat depuis une vingtaine d'années. En effet, l'Inde a pénétré sur près de 2 000 km en Asie. Or seule la moitié de la matière qu'elle a déplacée aurait suffit à édifier l'Himalaya et le Tibet. Où est passée la bande de 1 000 km qui manque à l'appel ? Pour Paul Tapponnier et son équipe, l'Inde se comporte comme un chasse-neige. En s'enfonçant comme un poinçon dans le continent, elle a repoussé vers l'est l'Indochine et le sud de la Chine. Pour preuve : des roches qui étaient face à face voilà 30 millions d'années ont été déplacées sur près de 800 km le long de la faille du Fleuve Rouge, faille qui passe entre les deux péninsules.

Côté himalayen, l'élévation des reliefs s'explique par la plongée de la plaque indienne sous l'Asie. Le manteau s'enfonce. Mais la croûte continentale, moins dense, résiste à ce mouvement comme un bouchon dans l'eau. Rabotée par le continent, elle finit par se désolidariser de son socle. Des écailles s'en décollent. Elles seront ensuite soulevées par d'autres. C'est le chevauchement de toutes ces écailles successives qui édifie l'Himalaya.

Le phénomène n'est pas terminé, même si, à cause de l'érosion, les reliefs ne gagnent que quelques millimètres par an. Il est « boosté », tous les 500 ans environ, par un grand séisme qui fait brutalement glisser les deux plaques de 10 m l'une sur l'autre. Le dernier tremblement de terre de magnitude supérieure à 8 sur l'échelle de Richter, le 14 novembre 2001, sur la faille de Kun Lun, au nord-est du Tibet, est une manifestation de l'effet chasse-neige.


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Contact

Paul Tapponnier
Unité « Tectonique, mécanique de la lithosphère »
CNRS-Institut de physique du globe de Paris
Tél. : +33 (0)1 44 27 49 24
Mél : tappon@ipgp.jussieu.fr

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IPGP

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« Tectonique continentale »

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