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Sumatra ou le défi lancé aux scientifiques

Avec une magnitude de 9,3, le séisme tsunamigène qui a touché Sumatra le 26 décembre 2004 se classe deuxième dans l'histoire sismologique instrumentale, après celui du Chili en 1960 (magnitude 9,5). C'est en tant que tel que la communauté scientifique internationale compte l'étudier, avec toutes les techniques de pointe disponibles à l'heure actuelle, comme le précise Rolando Armijo, de l'Unité « Tectonique, mécanique de la lithosphère » de l'Institut de physique du globe de Paris.

Le séisme de Sumatra offre une opportunité exceptionnelle de mesurer les déformations et ruptures de « surface ». Il n'existe en effet actuellement aucune étude de ruptures co-sismiques tsunamigènes sur un front de subduction. Les séismes se produisant sur ce type de terrain représentent pourtant 90 % de l'énergie sismique totale libérée sur notre planète.

Caractériser les ruptures probables de surface - avec les déformations et effets qu'elles induisent - et les étudier dans leur rapport aux structures et escarpements cumulés sur le long terme permettra d'étalonner une reconnaissance future sur les grands fronts de subduction sismogènes (et tsunamigènes) du pourtour Pacifique (Tonga, Mariannes, Japon, Kouriles, Aléoutiennes, Cascades, Amérique centrale et Amérique du Sud) ou d'autres régions sensibles (zone Caraïbe, zone hellénique).

Pour les sismologues, le défi réside essentiellement dans une utilisation intelligente, et immédiate, des moyens techniques et scientifiques. L'approche scientifique pourrait prendre pour référence l'expérience turque. Après le séisme destructeur de 1999, la communauté scientifique - dont une part significative de Français - s'était en effet mobilisée pour l'étude du système sous-marin de failles au large d'Istanbul.

Dans le cadre d'une série de quatre campagnes à la mer pour l'étude de la morphologie et de la tectonique sous-marines, une bathymétrie haute résolution avait permis une sélection d'escarpements, imagés ensuite avec un sonar latéral. En 2002 notamment, la campagne Marmarascarps en avait fourni, avec le sous-marin Atalante et le submersible ROV Victor 6000, une description fine, par le biais, entre autres, d'une imagerie photo-vidéo de qualité, d'un carottage et d'un échantillonnage in situ des sédiments. Des ruptures sismiques sous-marines historiques ont pu ainsi être étudiées en détail, une première mondiale.

Voir dans ce numéro : «L'Europe sismique et ses grandes failles».


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à lire

• Armijo, R., et al. (2005), Submarine fault scarps in the Sea of Marmara pull-apart (North Anatolian Fault): Implications for seismic hazard in Istanbul. Geochem. Geophys. Geosyst., 6.

Contact

Rolando Armijo
Unité « Tectonique, mécanique de la lithosphère »
CNRS-IPG Paris-Universités Paris 6, 7 et de La Réunion
Tél. : +33 (0)1 44 27 24 97
Mél : armijo@ipgp.jussieu.fr

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