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Animaux et tsunamis : l'échappée belle

Le comportement des animaux lors des tsunamis

Lors du tsunami du 26 décembre 2004, une partie des animaux des parcs naturels situés près des côtes indiennes a échappé au désastre comme si ces animaux avaient la capacité de détecter l'arrivée du raz-de-marée. L'absence de cadavres de grands animaux dans les zones sinistrées suggère qu'ils se sont enfuis à temps. Cette hypothèse a passionné tant le public que les médias. D'où l'idée d'un mystérieux « sixième sens ». Xavier Bonnet, chercheur au Centre d'études biologiques de Chizé (CEBC), répond à nos questions.

Quels sont les faits scientifiques disponibles sur ce thème ?
Xavier Bonnet. Au risque de vous décevoir, les chercheurs n'ont pas beaucoup d'éléments. Des recensements précis sur les cadavres de la faune sauvage seraient nécessaires pour les comparer à des comptages avant le tsunami. Malheureusement, de telles références n'existent pas. Restent les observations anecdotiques parfois très anciennes, mais probablement réalistes.

Au cours du tsunami du 26 décembre 2004, les grands herbivores se seraient dirigés vers les hauteurs, certains animaux domestiques cassant leurs entraves. Cette observation indique que les animaux auraient perçu le danger avant qu'il n'arrive.

À une échelle plus modeste, plusieurs personnes, dont moi-même, ont pu observer une telle capacité d'anticipation. Le cas le plus classique est celui des oueds au Maghreb où, lors de débordements très brutaux, quelques minutes (un chronométrage précis n'a jamais été rapporté) avant l'arrivée des murs d'eaux boueuses, des nuées d'animaux, grenouilles, lézards… quittent le lit des oueds et gagnent les hauteurs. Le phénomène est spectaculaire, d'autant que l'homme semble insensible à l'arrivée du péril. Peut-être des comportements analogues se produisent-ils au cours des tsunamis, mais rien ne permet de le démontrer de façon rigoureuse.

Est-il possible d'étudier rationnellement ces comportements ?
X. B. Il est difficile de mettre en œuvre des études sur les comportements des animaux (notamment dans leur milieu naturel) face à des événements imprédictibles comme les tsunamis. Ce qui limite notre compréhension de ces comportements. Il existe simplement quelques indices directs et surtout indirects qui laissent à penser que certains animaux peuvent sentir le danger et s'enfuir.

Peut-on parler d'un « sixième sens » ?
X. B. Le sixième sens, capacité supplémentaire par rapport à nos cinq sens classiques, n'existe pas en tant que tel. En se gardant de toute extrapolation anthropomorphique, on observe dans le monde animal une grande diversité de capacités sensorielles qui génère une non moins grande variété de sens, mesurables à l'aide d'instruments et du talent d'observateur de spécialistes du comportement animal. Les données scientifiques ne manquent pas sur ce sujet. Les capacités et équipements sensoriels des animaux sont aussi diversifiés que les espèces elles-mêmes.

Pour citer quelques exemples, nous autres humains ne sommes pas sensibles aux ultrasons, les souris (chauves ou pas), les chiens, les chats… le sont. De même, nous restons insensibles aux ultraviolets qui permettent aux abeilles et à d'autres animaux de se diriger. Idem avec les champs magnétiques, les infrarouges, les infrasons, les signaux électriques de très faible intensité… La liste est loin d'être exhaustive. En fait, il ne s'agit pas d'un sixième sens, mais d'une grande diversité de « sens ».


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Contact

Xavier Bonnet
Centre d'études biologiques de Chizé (CEBC)
CNRS
Tél. : +33 (0)5 49 09 61 11
Mél : bonnet@cebc.cnrs.fr

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