>
La catastrophe, naturelle ou humaine, n'est-elle au fond qu'un accident ? Un événement imprévisible auquel on ne peut que se résigner ? Assurément non pour Rousseau, lequel affirme dans l'Émile : « Homme, ne cherche plus l'auteur du mal : cet auteur, c'est toi-même. Il n'existe point d'autre mal que celui que tu fais ou que tu souffres, et l'un et l'autre te viennent de toi ». Sous les traits de Candide, Voltaire pour sa part ironise sur la philosophie optimiste de Leibniz, dénonçant la vanité de l'homme qui se croit capable de déchiffrer les desseins de la nature.
La catastrophe de décembre 2004 marquera les esprits pour toujours. Désarçonnés par le tsunami, comme si chaque catastrophe nous prenait au dépourvu, nous restons stupéfaits devant le désastre. En revisitant la nature du mal à travers les grandes théories philosophiques, Jean-Pierre Dupuy plaide pour un catastrophisme éclairé, attitude visant à nous protéger de nous-mêmes. Il faut envisager le pire comme un destin, « l'impossible » comme ce qui doit nécessairement arriver, afin de se donner les moyens d'agir. Émerge alors une possibilité de salut pour l'homme face à son avenir autodestructeur, une méthode philosophique pour sauvegarder un monde « que nos enfants nous prêtent » et non pas « que nous leur fabriquons ».
• Petite métaphysique des tsunamis. Jean-Pierre Dupuy, Le Seuil, 2005.
Jean-Pierre Dupuy
Centre de recherche en épistémologie appliquée (CREA)
CNRS-École polytechnique
Tél. : +33 (0)1 55 55 86 26
Mél : Jean-Pierre.Dupuy@shs.polytechnique.fr
Consulter le site web
CREA