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Attention article publié avant décembre 2005

Un Trésor des mots de la ville

Place, faubourg, banlieue… ces termes ont une histoire que cherche à retracer le Trésor des mots de la ville, dictionnaire historique et invitation au voyage. Ce programme de recherche est coordonné par Christian Topalov (EHESS-CNRS, Unité « Cultures et sociétés urbaines ») et Jean-Charles Depaule (CNRS, Laboratoire d'anthropologie urbaine).

Ce Trésor, qui a mobilisé plus de cent cinquante chercheurs de nationalités et de disciplines différentes, traite de sept langues européennes (allemand, anglais, espagnol, français, italien, portugais et russe) et, pour certaines, de leurs prolongements en Amérique, en Afrique et en Inde. L'arabe a été retenu comme langue de circulation dans une aire dense et proche, la Méditerranée. Pour chacune des langues, quarante termes ont été sélectionnés en raison de leur place dans la langue commune, de l'intérêt des objets auxquels ils réfèrent, des problèmes sémantiques ou historiques qu'ils posent. Des dictionnaires et encyclopédies aux enquêtes orales, en passant par une grande variété de corpus de première main, les sources utilisées sont de nature diverse.

Ce dictionnaire s'attache à quatre champs sémantiques : les dénominations génériques, les divisions de la ville, les types d'habitat, les voies et espaces découverts. Il montre comment des langues différentes organisent des objets analogues et comment un terme passe de l'une à l'autre. Les notices ne proposent pas une correspondance mot à mot d'une langue à l'autre, elles tracent plutôt l'aventure d'un terme, éclairent les mutations de sens ou de forme qu'il a connues, le mettent en relation avec les mots dont il se distingue ou dont il est l'équivalent dans sa langue, et essaient de repérer les effets de contacts avec d'autres langues. Elles permettent de comprendre comment l'adoption ou l'abandon d'un terme par tel ou tel groupe de locuteurs a pu être l'objet d'un rapport de force, où se sont confrontés les parlers ordinaires et la langue « administrante » ou technique, en particulier celle des planificateurs.

On voit par exemple comment des mots appartenant à une même famille (l'italien piazza, le français place, l'allemand platz, l'espagnol plaza, le portugais praça) ont, dès le Moyen-Âge, interagi à travers l'Europe, puis « outre-mer », comment des références ont circulé, parmi lesquelles la notion initialement parisienne de place royale a joué à partir du XVIIe siècle un rôle important. On voit également comment le mot faubourg a pu devenir synonyme d'une menace à la fois spatiale, sociale et politique, en se chargeant dès le XVIIIe siècle de connotations négatives, relayées au début du XXe siècle par banlieue. Mais, ainsi qu'on le constate avec faubourg, au XIXe siècle, il arrive que les stigmatisés se réapproprient, voire revendiquent comme une valeur positive un mot de la ville utilisé par ceux qui les stigmatisent et le retournent contre eux. Aujourd'hui, il semble que le mot quartier ait entamé une nouvelle carrière – au pluriel : les quartiers – en étant utilisé comme un euphémisme pour désigner la périphérie « en difficulté » et le « problème des banlieues »…


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à lire

Le Trésor des mots de la ville devrait paraître en 2006.

Contact

Christian Topalov
Unité «Cultures et sociétés urbaines»
CNRS-Université Paris 8
Mél : topalov@ehess.fr

Consulter le site web
CSU

Jean-Charles Depaule
Laboratoire d'anthropologie urbaine (LAU)
CNRS
Mél : depaule@ivry.cnrs.fr

Consulter le site web
LAU

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