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Attention article publié avant décembre 2005

Le « projet du Léman » 

Détourner le lac Léman jusqu'à Paris ! Une idée qui émergea à la fin du XIXe siècle, mais tombée rapidement à l'eau… Explications de Bernard Barraqué, directeur de recherche au CNRS, au Laboratoire Techniques, Territoires et Sociétés.

Si Paris possède une rue Belgrand dans le XXe, peu de gens savent que cette voie plantée d'arbres honore la mémoire de l'inspecteur des Ponts et Chaussées Eugène Belgrand (1810-1878). Lequel, soutenu par le baron Haussmann, émit l'idée d'approvisionner Paris en eau potable via la Loire. Las, le débit du fleuve étant trop faible l'été (la saison où la ville a le plus besoin d'eau…), l'affaire fit long feu.

En 1890, un ingénieur nommé Duvillard échafauda quant à lui un projet de transfert depuis le lac Léman (éloigné de 440 km), multipliant les arguments favorables : plus jamais de pénurie, une eau de grande qualité, une amélioration des possibilités de navigation et une meilleure dilution de la pollution rejetée grâce à la permanence du débit supplémentaire. Bref, un argumentaire que n'auraient pas renié les partisans du tout récent projet de transfert Rhône-Barcelone ! Mais alors que le Conseil de Paris en débattait, une épidémie de typhoïde frappa Paris, et le coupable ne tarda pas être démasqué : le Loing, un des points d'approvisionnement lointains de la capitale. Preuve était ainsi faite que même les sources distantes pouvaient être contaminées, et qu'il faudrait filtrer l'eau, d'où qu'elle vînt.

En 1902, Paul Brousse, Conseiller de Paris, inaugura l'usine d'Ivry, modèle de la technique de filtration lente1 qui signait l'abandon des transferts d'eau de qualité à grande distance et scellait la victoire d'une solution adoptée par d'autres grandes villes d'Europe : prendre l'eau - et la traiter - sur place. Le « projet du Léman » fut définitivement enterré en 1919, le Conseil de Paris redoutant qu'à l'occasion d'une prochaine guerre, les Allemands ne coupent l'aqueduc et forcent la France à capituler !

Si Paris, au fil des ans, est devenu une ville bien trop grande pour la Seine, les problèmes d'étiage ont été résolus grâce à la construction de grands barrages réservoirs en amont (Seine, Marne, Aube). Dans les années 1980, un projet de quatrième barrage, avec un aqueduc direct vers Paris (le « tuyau-Chirac »), a toutefois été abandonné, les producteurs d'eau publics et privés ayant anticipé la difficulté politique de le réaliser en installant des systèmes d'alarme pour couper l'arrivée dans les usines en cas de pollution accidentelle des rivières, et en sophistiquant les installations de traitement d'eau potable.


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à lire

Les politiques de l'eau en Europe. Bernard Barraqué, Éd. La Découverte, 1995.

Contact

Bernard Barraqué
Laboratoire « Techniques, territoires et sociétés » (LATTS)
CNRS-École nationale des ponts et chaussées-Universités de Marne-la-Vallée et Paris 12
Mél : barraque@mail.enpc.fr

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LATTS

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