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Inutile de se cacher derrière son petit doigt : si la consommation d'eau potable continue de piquer du nez à Paris, alors que des investissements doivent être réalisés pour entretenir des infrastructures considérables, en place depuis 150 ans, ainsi que pour améliorer les performances environnementales et sanitaires de ces dispositifs (le tout avec de moins en moins de subventions publiques, conformément à la Directive cadre de l'Union Européenne adoptée fin 2000…), une augmentation du prix du mètre cube d'eau s'imposera, tôt au tard. Au risque, prédit Bernard Barraqué, directeur de recherche au CNRS, au Laboratoire « Techniques, territoires et sociétés » (LATTS), « de voir les usagers pousser des hauts cris ! » Et ce qui supposera « un énorme travail d'explication au public qui, à tort ou à raison, tend à penser que les augmentations sont le fait des grands distributeurs d'eau qui feraient des profits indus ».
À Berlin (une ville immense qui se vide), après avoir supplié ses administrés de consommer plus d'eau ( !), la municipalité a dû se résigner à vendre la moitié du capital de la Berliner Wasser Werke à un consortium privé pour colmater son endettement. Mais pourquoi une baisse trop rapide de la consommation d'eau est-elle intenable ? « Parce que, s'il est en soi louable de vouloir réaliser des économies d'eau, cela signifie moins de rentrées d'argent chez les distributeurs ou les régies municipales, donc une diminution de l'entretien des infrastructures. Un réseau devenu surdimensionné va offrir une moindre qualité sanitaire de l'eau distribuée et provoquer une perte de confiance du public, surtout en cas d'augmentation des prix. Il y a donc un énorme risque de spirale descendante ».
Conclusion : un réseau de distribution une fois constitué, le mieux est de le faire fonctionner pour la quantité d'eau qu'il est supposé fournir. « L'idéal, conclut Bernard Barraqué, serait de pouvoir faire une prospective de la demande qui tiendrait compte de la maîtrise de celle-ci, pour pouvoir adapter le système de l'offre sans catastrophe financière. En tout cas, la situation incertaine actuelle n'est pas propice aux grands projets hydrauliques ».
• Les politiques de l'eau en Europe. Bernard Barraqué, Éd. La Découverte, 1995.
Bernard Barraqué
Laboratoire « Techniques, territoires et sociétés » (LATTS)
CNRS-École nationale des ponts et chaussées-Universités de Marne-la-Vallée et Paris 12
Mél : barraque@mail.enpc.fr
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