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Attention article publié avant décembre 2005

Paris boude-t-il son eau ?

Fait nouveau depuis 1990, la demande en eau potable, à Paris, stagne ou diminue. Changement durable du public envers ses réseaux publics d'eau et d'assainissement ou phénomène passager lié à la crise ? L'analyse de Bernard Barraqué, directeur de recherche au CNRS, au Laboratoire « Techniques, territoires et sociétés ».

-17,5 % d'eau vendue dans Paris entre 1991 et 1998 ! -8 % en 2004 par rapport à 20031 ! Force est de le constater : dans la capitale comme dans d'autres grandes villes françaises, européennes et nord-américaines, la demande en eau potable stagne et même décroît. Les raisons d'un tel phénomène ? Difficiles à cerner, faute de données fiables sur les usages de l'eau du robinet dans la capitale.

Mais, assure Bernard Barraqué, « l'enquête financée par Eaux de Paris (SAGEP) en 1999 et conduite par une Docteure de notre laboratoire, Sophie Cambon, en collaboration avec Compagnie des eaux de Paris, montre une chute très marquée chez les très gros comptes (hôpitaux, vastes ensembles de bureaux, grands magasins, hôtels restaurants, parcs et jardins…) consommant plus de 20 000 m3 d'eau par an : 132 branchements d'eau fortement consommateurs (soit 0,14 % des branchements parisiens) expliquaient à eux seuls presque la moitié de la baisse de consommation dans Paris ». Autant dire un bon indicateur de la crise économique que traverse notre pays et, notamment, de la crise de l'emploi des bureaux dans Paris. « D'ailleurs, poursuit le même expert, l'Atelier Parisien d'Urbanisme (APUR), en 1997, proposait un lien probable entre les 7 % de baisse de l'effectif salarié entre 1990 et 1996, et celle de la consommation d'eau, de 13 % dans le même temps ».

Nonobstant, les explications avancées peinent à éclairer globalement le phénomène. Et, comme environ 70 % des volumes facturés à Paris reposent sur des usages résidentiels, impossible d'en sortir tant que n'auront pas été menées, auprès d'un panel de familles, « en longue durée », des analyses systématiques en profondeur sur ce qui détermine la consommation d'eau potable des ménages, « en descendant au niveau de petits quartiers homogènes, voire en conduisant des entretiens individuels non directifs avec vérification parallèle des consommations ». En attendant, tout semble indiquer « qu'il n'y a pas eu de changement d'attitude des particuliers vis-à-vis de l'eau du robinet dans la décennie 1990-2000, contrairement à ce qu'en ont dit les media et les associations d'environnement et de consommation ».

Traduction : quand bien même les Parisiens répondent la main sur le cœur qu'ils sont prêts à économiser au quotidien le précieux liquide chez eux, et même si une augmentation des factures conduit à une baisse effective mais lente de la consommation (notamment par le remplacement des équipements ménagers), « leurs pratiques, acquises dans l'enfance, sont assez inconscientes et par conséquent peu modifiables ». De fait, qui pense vraiment à sa consommation ou au sort des générations futures quand il prend sa douche ?

Ce qui oblige à aborder le chapitre qui fâche : la baisse enregistrée à Paris « pourrait aussi venir de l'exode des ménages, un résident consommant deux fois plus d'eau qu'un emploi. Or, cette dernière hypothèse n'a jamais fait l'objet d'une enquête approfondie parce que c'est une chose que personne n'ose imaginer ».  Si Paris se « gentrifie » et attire davantage de bureaux et de résidents aisés, la densité de population va diminuer et la consommation baisser. Une économie d'eau plutôt bonne pour l'environnement de la capitale. Mais qui risque, paradoxalement, de faire grimper le prix du mètre cube…


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à lire

Les politiques de l'eau en Europe. Bernard Barraqué, Éd. La Découverte, 1995.

Contact

Bernard Barraqué
Laboratoire « Techniques, territoires et sociétés » (LATTS)
CNRS-École nationale des ponts et chaussées-Universités de Marne-la-Vallée et Paris 12
Mél : barraque@mail.enpc.fr

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LATTS

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