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Attention article publié avant décembre 2005

Jeune couple avec enfants cherche vie heureuse à Paris…

Vivre en famille à Paris

Pourquoi des familles font-elles le choix de vivre à Paris, et comment y vivent-elles ? Une enquête a été réalisée par des sociologues du Centre de recherche sur les liens sociaux1 : commentaires de Christophe Giraud, François de Singly et Muriel Letrait.

Nombre de familles parisiennes ont quitté Paris ces dernières années, mais le marché de l'immobilier montre un intérêt persistant pour la capitale. Comment l'expliquer ?
L'enquête montre bien les raisons de cette attraction. Paris permet de renforcer la position sociale familiale et personnelle, car la capitale donne, plus qu'en province, des opportunités d'emploi et de promotion. C'est un lieu de mobilité professionnelle et sociale. Paris permet ensuite de transmettre des capitaux culturels à ses enfants : bons lycées parisiens, écoles spécialisées avec formations scolaires adaptées. Paris offre enfin aux parents comme aux enfants de rêver à des activités très variées, prenant en compte les individualités, sans avoir à les mettre réellement en pratique : le seul fait de penser que tout est possible donne à chacun le sentiment d'une identité ouverte et singulière.

La ville, lieu de l'anonymat et de l'individualisme source de multiples problèmes sociaux… quelles relations sociales peuvent y nouer les familles ?
Émancipation, singularité… la grande ville autorise cet imaginaire. Mais les individus y recherchent en même temps la protection et la chaleur de relations sociales personnelles proches. Le quartier en est un lieu d'expression privilégié, il est souvent conçu par ses habitants comme un village, village bien particulier car chacun est loin de connaître tout le monde. Si on aime le cocon protecteur de la proximité, on peut aussi se sentir « étouffé » et vouloir « sortir » : la ville au-delà du quartier, la grande ville, permet l'évasion.

Une gradation dans les relations existe dans le quartier. Le lien minimal est celui de la reconnaissance mutuelle des personnes qui sans se connaître personnellement ont l'habitude de se croiser dans la rue (ou dans un même immeuble) et vont se sourire ou se saluer. Puis vient la relation avec les commerçants, moins anonyme, avec parfois plus d'échanges verbaux. Enfin les relations les plus fortes, pour les familles avec enfants, sont les relations entre parents d'enfants de même âge. L'école ou les modes de garde collectifs conduisent les parents à se côtoyer, à nouer des relations autour des enfants. Les parents amis s'apportent une aide ponctuelle mais importante en cas de problème, ils se délèguent mutuellement, à certains moments, la garde de leurs enfants qui gagnent alors en socialisation. La sociabilité dans le quartier pour les familles est donc fortement structurée par les commerces et surtout par l'école.

À Paris, un couple sur deux divorce contre un couple sur trois seulement en France. Pourquoi cette différence ?
On a considéré que la famille était désorganisée par la grande ville industrialisée : une famille plus petite, une cohabitation entre trois générations qui serait en recul, un divorce qui augmenterait en partie en raison d'une moindre dépendance des individus à leurs groupes.

En réalité, l'enquête montre que l'organisation du temps des individus vivant en famille avec de jeunes enfants subit à Paris une structuration particulière. Si l'adulte citadin estime que c'est du temps pour s'occuper de lui-même2 qui lui manque le plus, c'est le temps du couple qui se réduit drastiquement avec des enfants en bas âge. L'exiguïté de la plupart des logements à Paris, l'absence d'espace (jardin…) où l'enfant peut jouer de manière autonome à distance des parents, favorise l'omniprésence des enfants pendant le temps de « loisir » des parents. Les difficultés de circulation avec de petits enfants conduisent le couple à se séparer dans ses activités domestiques ou de loisir, l'un se déplace et l'autre garde les enfants à la maison. Ces stratégies courantes de dissociation, si elles autorisent un des parents à « respirer », réduisent considérablement le temps à deux.

Si le couple construit son monde commun par la « conversation », le temps de tels échanges paraît très réduit à Paris. La faiblesse des moments familiaux n'est pas ce dont les Parisiens se plaignent. Loin de se construire contre la famille, la grande ville semble s'opposer bien plus au couple. C'est un des résultats forts de cette enquête.


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à lire

Vivre à Paris en famille. Christophe Giraud, François de Singly, avec Muriel Letrait, Guillaume Caridade, Cathie Chalupt. Paris, Cerlis, rapport pour la Mairie de Paris, 2004.

Contact

Centre de recherche sur les liens sociaux (CERLIS)
CNRS-Université Paris 5

Christophe Giraud
Mél :
chgiraud@club-internet.fr

François de Singly
Mél : francois@singly.org

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CERLIS

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