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Attention article publié avant décembre 2005

La concierge est dans l'escalier !

Socio-anthropologie des espaces de « l'entre »

Espace de médiation sociale, espace intermédiaire, espace d'articulation, espace liminaire… la loge du concierge des immeubles parisiens habite les espaces de l'entre. Philippe Bonnin, directeur de recherche à l'Institut parisien de recherche : architecture, urbanistique, société (IPRAUS) et directeur de l'unité « Architecture, urbanisme, sociétés », nous fait entrer dans ce lieu très particulier, aux frontières de la sociabilité.

Espaces intermédiaires
Transformer l'être public en individu privé, et vice-versa, tient du prodige, voire du miracle, bien que cela se produise tous les jours. Cela présuppose non seulement que ces deux catégories aient vu le jour au sein de nos sociétés, mais encore que des catégories spatiales correspondantes y aient été dévolues ; que la différenciation de ces espaces bâtis ait été rendue explicite pour tous ; qu'une frontière clairement définie les sépare et les préserve l'un de l'autre ; que des dispositifs matériels, des rituels répétés nous rappellent et nous aident à reconstruire mentalement cette opposition. Plus qu'une unique frontière, c'est toute une chaîne de dispositifs et d'espaces intermédiaires qui ont vu le jour à cet effet, que l'on pourrait définir comme  « l'entre ». C'est là que prend place la loge du gardien-concierge des immeubles parisiens1.

Objet fragile et espace liminaire
La loge, au titre d'espace intermédiaire, est l'un de ces objets fragiles qu'on aborde rarement - à côté des solides questions du logement et de l'espace public -, mais qui pourtant nous révèlent beaucoup sur les liens distendus et les affrontements changeants de nos sociétés. Parler d'espace intermédiaire, c'est bien sous-entendre, ou plutôt impliquer dès l'origine, cette position médiane entre deux autres lieux : cette articulation entre un avant et un après d'une pratique sociale toujours dynamique. La position médiane est encore celle d'un espace liminaire2, dont les caractéristiques ne peuvent se comprendre que dans ce schéma d'ensemble du passage, c'est-à-dire par rapport : aux caractéristiques de ces deux espaces, simultanément séparés et reliés ; aux groupes sociaux qui les occupent réciproquement et les maîtrisent ; aux caractéristiques des frontières qui contribuent à les séparer, et donc à les constituer, à les identifier.

Pratique de « l'entre »
Régulé par un groupe social, chacun de ces espaces est porteur d'identité et assimilé à ce groupe. La rue comme espace public, à disposition de l'ensemble de la population, est soumise aux lois et règles publiques ; elle identifie le passant et le citoyen ; réciproquement, telle maison ou tel appartement sont ceux de telle famille, sont le « chez » untel, et fonctionnent selon leurs règles propres. S'y trouver ou y demeurer nécessite de la part de l'individu une adaptation (de tenue, de posture, d'élocution, de gestes, de pratiques) aux règles du lieu. Franchir ces limites, et donc pratiquer un moment l'espace intermédiaire, c'est quitter un groupe social, un rôle, un statut, une pratique ou un moment de la pratique, pour opérer en soi et sur soi une transformation afin de se préparer au nouvel espace à venir, au nouvel univers, que l'on va intégrer. C'est précisément à cette transformation que sont voués les porches, allées, halls, vestibules, loges, escaliers et ascenseurs, couloirs et paliers qu'on a inventés pour entrer dans l'immeuble. 

Acteurs de la ville, les concierges et gardiens ont de fait, bien qu'ils s'en défendent en raison d'un passé pas si lointain où on le leur reprochait, un rôle de médiateur non seulement social mais urbain.


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à lire

L'immeuble parisien et sa loge : seuils et rituels des espaces d'articulation. Philippe Bonnin, 2005. In La société des voisins. Dir. B. Haumont et A. Morel. Éditions de la MSH-Direction de l'Architecture et du Patrimoine, Mission à l'ethnologie. Coll. Ethnologie de la France 21.

Loges et concierges. Dir. Ph. Bonnin et R. de Villanova. Paris, Créaphis, 2005.

Contact

Philippe Bonnin
Unité « Architecture, urbanisme, sociétés » (AUS)
CNRS-Ministère de la culture-Universités Paris 8, Paris 10 et Marne-la-Vallée
Mél : philippe.a.bonnin@wanadoo.fr

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