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Attention article publié avant décembre 2005

Pauvreté et précarité, une exception parisienne ?

Quand pauvreté ne rime pas avec solidarité

« Chaque société définit et donne un statut social distinct à ses pauvres en choisissant de leur venir en aide ». Tel est l'un des postulats de l'analyse sociologique de la pauvreté. Serge Paugam, chercheur au Laboratoire d'analyse sociologique et de méthodes appliquées aux sciences sociales, s'intéresse à la pauvreté comme réalité sociale, mais surtout à la relation d'assistance (d'interdépendance) entre les pauvres et la société. Et s'interroge sur les différences entre la capitale et la province.

Dans un pays centralisé comme la France, on doit appliquer les mêmes lois sociales à Paris et en province. Le montant du RMI, par exemple, est défini de façon homogène sur l'ensemble du territoire métropolitain. Autant les mécanismes de désignation des pauvres que les logiques globales d'intervention sont comparables d'un lieu à l'autre. Cependant, les institutions d'action sociale parisiennes sont confrontées à des problèmes spécifiques et sont amenées à envisager des réponses adaptées qui  finissent par donner à la relation d'assistance et à la pauvreté une forme particulière.

Le problème du logement est plus criant encore dans la capitale que dans les autres villes françaises. Parmi les allocataires du RMI, la proportion de ceux qui ont des enfants à charge y est nettement plus faible. Les familles pauvres sont refoulées de la capitale car elles ne peuvent y trouver un logement adapté. Faute de mieux, on les accepte dans des centres d'hébergement d'urgence pourtant le plus souvent conçus pour des personnes seules. Le nombre de logements sociaux est insuffisant et la gestion financière du parc incite les bailleurs à y installer les personnes qui leur paraissent les plus solvables.

Plus de 75 % des allocataires du RMI à Paris sont des personnes seules contre moins de 60 % sur l'ensemble de la métropole. Parmi eux, une très forte majorité d'hommes, souvent logés dans des conditions extrêmement précaires : hébergements d'urgence, squats, logements insalubres, etc.  Une frange importante de personnes ont perdu les liens avec leur famille. Venus à Paris pour échapper au chômage de longue durée, ils n'y ont trouvé que des emplois de courte durée et n'ont pu éviter la spirale de la précarité. Les travailleurs sociaux accueillent aussi dans leurs services des artistes en attente de contrat, des intermittents du spectacle désormais, et malgré eux, engagés dans une carrière d'assisté. Enfin, la capitale attire aussi de nombreuses personnes issues des pays de l'Est, souvent sans abri et sans protection sociale.

La forte présence de personnes seules parmi les plus pauvres est un effet direct d'une politique de logement nettement insuffisante. Mais elle fait surgir aussi des problèmes nouveaux. Cette population est hébergée dans des centres d'urgence et la demande ne cesse de croître. Aussi, les pouvoirs publics et les associations cherchent-ils à augmenter la capacité d'accueil de ce type de structures, mais ils se heurtent souvent à l'attitude hostile des habitants des quartiers où elles sont installées. Ces derniers se sentent en insécurité en raison de la présence continue de personnes pauvres près de chez eux et font régulièrement pression auprès des élus pour que les centres soient déplacés hors de leur environnement immédiat. Ainsi, la question de la pauvreté est loin d'être résolue. La solidarité est encore à inventer.


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à lire

Les formes élémentaires de la pauvreté. Serge Paugam, PUF, Coll. Le lien social, 2005.

Contact

Serge Paugam
Laboratoire d'analyse sociologique et de méthodes appliquées aux sciences sociales (LASMAS)
CNRS-EHESS-Université de Caen
Tél. : +33 (0)1 40 25 10 32
Mél : paugam@ehess.fr

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LASMAS

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