Moteur de recherche

 

Espace presseThema

Attention article publié avant décembre 2005

Paris et la musique, toute une Histoire…

La rue parisienne comme espace musical

Spectacles gratis des boulevards, foire Saint-Germain, charlatans, mendiants, Savoyards, Auvergnats, cris de Paris, musique ambulante, sonneries, musique des gardes françaises, joueurs d'instruments, chansonniers… Louis-Sébastien Mercier décrit dans Le Tableau de Paris (1788) l'extraordinaire paysage musical offert aux habitants de la capitale. Florence Gétreau, conservatrice du patrimoine et directrice de l'Institut de recherche sur le patrimoine musical en France, nous en brosse un portrait historique.

La rue parisienne comme espace musical, c'est d'abord la rue ordinaire des chanteurs et musiciens ambulants, celle qui permet de vivre ou plutôt de survivre, celle des petits métiers se signalant avec la musique, celle des musiciens qui, en échange de leur chanson et de leur ritournelle, vendent un recueil de colportage qui en donne les paroles. Cette rue devient parfois lieu de sédition ou théâtre des fastes du pouvoir. Les aubades et fêtes calendaires des corporations confiées aux ménétriers professionnels, les entrées royales accompagnées par les Musiciens de la Grande Écurie1 marquant la vie des souverains, les conquêtes comme le retour de la paix, sont autant de moments spectaculaires et brillants du Paris de l'Ancien Régime.

Au XIXe siècle, les chansons politiques et sociales occupent une grande place dans le répertoire de la rue. Nées lors des changements de régime ou lors de mouvements ouvriers, ces chansons, qui traduisent l'opinion publique, inquiètent les gouvernements en place. L'engouement pour ces chansons et l'afflux incessant de musiciens mendiants venus de France ou même d'Italie contraignent la police à réglementer l'occupation des rues de Paris. L'orgue des rues devient alors le véhicule des chansons à la mode comme du grand répertoire de l'Opéra avant d'être relayé au milieu du siècle par les orphéons et fanfares des kiosques de jardins publics. Ces architectures urbaines (nées à l'âge du fer industriel) deviennent le centre d'une nouvelle forme de sociabilité. Les entreprises ont chacune leur société musicale qui, de concours en dimanche d'été, y jouent l'émulation avec les formations militaires. Ces formations, relais de la cohésion nationale, participent à l'éducation musicale du peuple de Paris en jouant dans les lieux publics comme dans les kiosques.

À partir de 1880, les bals du 14 juillet célèbrent l'institution républicaine. Les Auvergnats de Paris et les accordéonistes jouent un rôle tout particulier dans ces bals de plein air où se côtoient toutes les origines sociales. Les hommes-orchestres apportent une touche supplémentaire à la rue du XXe siècle tandis que les chanteurs de petits formats imprimés sont toujours présents et maintiennent la tradition du Chanter Paris. Certains, comme Piaf, deviennent célèbres, mais la plupart restent anonymes. On n'aurait garde d'ignorer le métro, prolongement de la ville et de ses contrastes alors que, de manière toujours plus frappante, la rue cesse d'être un lieu propice à la rencontre. Chaque jour, quelque 2000 musiciens, pour la plupart non autorisés, jouent dans les couloirs du métro pour ses millions d'usagers. La Fête de la musique, créée en 1982 par le ministère de la Culture, est devenue une institution. Chaque année, au premier jour de l'été, tous les musiciens sont invités à se produire librement dans la rue. Toutes les musiques s'y retrouvent attestant que la rue, si souvent inhospitalière, a trouvé là une nouvelle expression populaire.


Haut de page

Sommaire

à lire

Musiques dans la rue. Sous la direction d'Éliane Daphy et Florence Gétreau. Ethnologie française, XXIX, 1999/1.
Musiciens des rues de Paris. Sous la direction de Florence Gétreau. Paris, Réunion des musées nationaux, 1997.

Contact

Florence Gétreau
Institut de recherche sur le patrimoine musical en France (IRPMF)
CNRS/Ministère de la Culture/BNF
Tél. : +33 (0)1 49 26 09 97
Mél : getreau.cnrs@bnf.fr

Consulter le site web
IRPMF

Retour à l'accueilContactcreditsCom'PratiqueAccessibilité : aide