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Grammatisation des langues de l'Europe : le rôle du modèle latin

La plupart des langues d'Europe doivent leur « outillage » grammatical (grammaires et dictionnaires) à la tradition grammaticale latine, qui a parfois interféré avec d'autres héritages, comme le grec pour les langues slaves. La constitution de cet outillage, appelée « grammatisation » par Sylvain Auroux, directeur de recherche au CNRS, est un processus très important.

En effet, grammaires et dictionnaires ne sont pas de simples représentations des langues qui leur préexisteraient. Ce sont plutôt des outils externes qui modifient les espaces de communication et exercent une influence sur les langues. Quand il a fallu outiller les langues vernaculaires européennes, on a naturellement utilisé les instruments existants. La tradition grammaticale latine a alors joué un rôle majeur. Constituée pour l'essentiel autour de deux pôles, l'Ars [traité technique] de Donat (ca. 350) et les Institutions grammaticales de Priscien (ca. 525), elle a permis d'équiper les langues européennes, en leur donnant d'abord les bases d'une description minimale (les lettres, les parties du discours et leurs accidents, c'est- à-dire les catégories afférentes), puis les fondements d'une description plus élaborée (avec notamment une syntaxe).
L'Ars de Donat présentait l'intérêt d'avoir été dédoublé au Moyen Age en deux traités, l'Ars minor, avec une description sommaire des parties du discours sous forme de questions/réponses, et l'Ars maior, plus complet, avec des éléments de phonologie et un traité des figures. Les premières grammaires des langues vernaculaires européennes sont inspirées de l'Ars minor.
Quand les grammairiens européens ont voulu construire une syntaxe des langues qu'ils décrivaient, souvent avec un temps de retard sur la description morphologique, ils ont utilisé les Institutions grammaticales de Priscien, dont la dernière partie est précisément un traité sur la construction.
Ce processus s'est déroulé sur une longue période, du Moyen Age au XVIIIe siècle, mais a connu une accélération durant la Renaissance : c'est à cette époque que l'on doit la plus belle floraison de grammaires européennes, rapidement suivies par la description des langues exotiques rencontrées lors des « Grandes Découvertes ». La grammatisation des langues européennes a donc précédé de peu celle des langues du monde entier, qu'elle a certainement favorisée.


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à lire

Auroux, Sylvain (1994).
La révolution technologique
de la grammatisation
.
Liège, Mardaga.

Contact

Histoire des théories linguistiques
CNRS
Université Paris 7-ENS Lettres
Sylvain Auroux
Mél :
Sylvain.Auroux@ens-lsh.fr
Bernard Colombat
Mél :
bernard.colombat@ens-lsh.fr

Consulter le site web : htl.linguist.jussieu

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