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Attention article publié avant décembre 2005

Mode de Paris, mode de toujours ?

« La mode est dans l'air, c'est le vent qui l'apporte, on la pressent, on la respire, elle est au ciel et sur le macadam, elle tient aux idées, aux mœurs, aux événements ». Gabrielle Chanel définissait ainsi l'intime rapport de la mode à l'air du temps et aux lieux où elle naît. C'est ainsi que Paris est devenu lieu mythique de création et de rayonnement de la mode française. L'analyse de Michèle Ruffat, historienne à l'Institut d'histoire du temps présent.

Robe du soir

© K. Maucotel / Paris-Musées.

Grès. Robe du soir, vers 1955.
Jersey de soie crème et gris pâle.
Coll. Musée Galliera.


Paris est historiquement le haut lieu de la mode française. Une ancienne tradition d'artisanat d'art a créé un véritable vivier de talents divers dont  l'apport au processus de création, de fabrication et de diffusion des articles de mode « de Paris » a été et reste décisif (cf. Pour en savoir plus). Création et production ont d'ailleurs été longtemps aux mêmes mains. Un marché porteur, une proximité géographique entre les créateurs et une clientèle exigeante ont contribué à ce statut de Paris « capitale de la mode ». Le prestige de Paris, arbitre du goût et haut lieu de l'élégance, reconnu pour son esprit de liberté, d'audace et de créativité, tient aussi au rayonnement international de la culture française et à l'apport de courants culturels et artistiques plus vastes.

Mais, depuis un demi-siècle, la haute couture, économiquement très liée aux aléas des relations internationales, a souffert des bouleversements qui ont suivi les deux guerres mondiales et affecté flux commerciaux, ressources et habitudes d'une clientèle internationale fortunée qui ne compte plus aujourd'hui que quelques centaines de femmes. La part de la haute couture s'est réduite à quelques pour cent du chiffre d'affaire des maisons de couture, qui se fait surtout sur la vente de parfums, d'accessoires, de lignes de prêt-à-porter de luxe et de produits dérivés. Enfin, la crise profonde qui frappe l'industrie du vêtement depuis trente ans, l'invasion des fabrications étrangères, les licenciements massifs dans la filière textile ont bouleversé métiers et marchés, malgré les remparts dressés par la profession et les pouvoirs publics.

Pourtant l'attrait de Paris ne se dément pas. Les professionnels du monde entier viennent toujours1 assister aux présentations de collections. Éternel retour d'un Paris « où les designers du monde entier prennent vie » (New York Times, 13 mars 2005). Mais, et le changement est de taille, si la haute couture parisienne fascine toujours et offre ses défilés-spectacles, ce sont les présentations de prêt-à-porter, souvent issu des mêmes maisons, qui déplacent désormais le plus d'acheteurs et de journalistes spécialisés.

Le prestige de la mode française a changé de forme. La profession s'est renouvelée de l'intérieur et s'est ouverte à de jeunes talents, pour lesquels l'accession au statut de couturier est vitale : elle est source de reconnaissance par leurs pairs et de visibilité internationale. La clientèle aussi a changé, stars d'Hollywood et membres du jet-set ont remplacé les femmes du monde. Le centre de gravité de la mode parisienne est passé de la haute couture (modèles exclusifs fabriqués sur mesure) au prêt-à-porter de luxe (fabrication industrielle en série) qui décline et adapte, au sein des mêmes maisons, les créations des designers. La haute couture a perdu en autorité. Les professionnels suivent maintenant les réactions de la rue. En matière de styles, des séries courtes qui présentent des risques commerciaux moindres sont la règle ; d'où la persistance d'ateliers au cœur de Paris, assurant rapidité d'accès et de réaction au marché, capacité à saisir les tendances et à y répondre.

Si la France semble aujourd'hui écartée de la production de masse de biens d'habillement, Paris reste un lieu d'élection de la mode, avec un atout essentiel : sa fonction de creuset de talents et de pépinière de créateurs  venus du monde entier qui trouvent dans ce carrefour des cultures un lieu d'épanouissement unique2 !


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Contact

Michèle Ruffat, Dominique Veillon
Institut d'histoire du temps présent (IHTP)
CNRS
Tél. : +33 (0)1 40 25 10 61
Mél : ruffat@ihtp.cnrs.fr

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IHTP

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