Moteur de recherche

 

Espace presseThema

Attention article publié avant décembre 2005

Moscou et Paris, capitales du monde non anglophone

Ancienne capitale de l'URSS, Moscou a su se transformer et rivalise aujourd'hui avec les autres métroploles internationales. Denis Eckert, géographe et membre du Centre interdisciplinaire d'études urbaines (CIRUS-Cieu), décortique la vie moscovite. Celle que l'on voit et celle que l'on cache.

Peut-on comparer les Paris et Moscou d'aujourd'hui ?
Denis Eckert.
Ces deux villes sont comparables en termes de taille. Elles sont toutes les deux dans le peloton de tête des agglomérations européennes, tout comme Londres, avec au moins 10 millions d'habitants. Paris et Moscou sont toutes deux des capitales politiques et font partie du club des capitales culturelles du monde non anglophone. De plus, Paris et Moscou concentrent les fonctions de commandement politique et économique. En France, les systèmes économiques sont gouvernés de Paris. En Russie, il en est de même avec Moscou. Et le passage à l'économie de marché a accentué cette tendance.

Les autres grandes villes russes ont-elles de l'importance dans la Russie actuelle ?
D. E.
La seconde ville est sans aucun doute Saint-Pétersbourg. Son agglomération concentre 5 millions d'habitants. Elle est dotée d'un patrimoine historique et culturel considérable, et il en reste quelque chose dans le rayonnement artistique, puisque de nombreuses institutions sont de renommée internationale. Mais économiquement, Saint-Pétersbourg est très en retrait de Moscou. On prête à Vladimir Poutine la volonté d'imposer certains services de l'État dans cette ville. Les élites ont eu le désir d'en faire une ville de grand standing international. Pour ma part, je suis sceptique. Dans les années de crise (1991-1998), seule Moscou tirait son épingle du jeu. Mais, depuis le retour de la croissance, les autres villes sont à leur tour sorties de la crise et se développent.

Existe-t-il un modèle russe ou moscovite d'urbanisation ?
D. E.
Les grandes villes russes sont très marquées par les principes de l'urbanisme soviétique. C'est un modèle de ville où tout est taillé en grand (voirie, immeubles), avec un bâti très espacé. Les grands immeubles collectifs (tours, barres) représentent à peu près 80 % des logements. Cet urbanisme standardisé a pour agréable corollaire une mixité de l'espace, où s'imbriquent habitat et vastes espaces verts. La grande différence avec les capitales du reste de l'Europe, c'est la mobilité du paysage. Moscou a une capacité phénoménale à réaliser vite des grands travaux. C'est lié à la richesse de la ville et à la concentration du pouvoir de décision. Depuis quelque temps, on bâtit de nombreux quartiers fermés pour riches, qui sont d'ailleurs pour l'essentiel de grands immeubles collectifs, dotés d'équipements de luxe (piscine, gardes..).

Avec autant d'espaces, peut-on évoquer des vies de quartiers ?
D. E. La vie sociale moscovite n'est pas comparable à celle de Paris… ou à la légende que l'on s'en fait. Il y a un mythe de la vie de quartier, même en France. À Moscou, l'équivalent est la vie de « cour », considérée comme le vrai espace de l'interaction sociale. La cour, c'est l'ensemble des vastes étendues en retrait de la rue, généralement arborées, là où le macadam disparaît, où les enfants jouent et les voisins discutent. Un visiteur qui parcourt Moscou en voiture, par exemple, manque 75 % de l'urbanisation, car derrière la ville des façades on ne devine que partiellement la ville des cours. Aujourd'hui, on entend un discours nostalgique sur la dégradation de cet espace particulier, menacé par la privatisation rampante des espaces collectifs, du fait notamment de l'envahissement des cours par les voitures et les parkings.

Quelques articles…
Moscou, la ville mutante. D. Eckert, Revue d'actualité sur les pays de l'Est. Dossier n°36 (avril-juin 2004).

Évolution récente de la population de Russie (1979-2002) : cartographie interactive. D. Eckert, L. Jegou. Mappemonde, n°74, 2004.


Haut de page

Sommaire

à lire

Le monde russe. D. Eckert, Hachette, Coll. Carré Géographie, 2004.

Contact

Denis Eckert
Centre interdisciplinaire d'études urbaines (CIRUS-Cieu)
CNRS-Université Toulouse 2
Mél : eckert@univ-tlse2.fr

Consulter le site web
CIRUS-Cieu

Retour à l'accueilContactcreditsCom'PratiqueAccessibilité : aide