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Attention article publié avant décembre 2005

New York, de la ville coloniale à la ville globale

L'Atlantique fait l'effet d'un miroir déformant entre Paris et New York. Points communs, divergences : Cynthia Ghorra-Gobin, directrice de recherche au CNRS et géographe au Laboratoire « Espace et culture », analyse les liens entre ces deux métropoles.

Y a-t-il des modèles américains de ville ?
Cynthia Ghorra-Gobin.
Il y a une grande variété de villes américaines. Mais on discerne deux modèles. D'abord, les villes qui résultent de la colonisation européenne, qui ont connu une croissance économique jusqu'à nos jours. Elles s'organisent à partir d'une centralité et elles connaissent une certaine densité. Ce sont New York, Philadelphie, Boston. Ensuite, les villes qui ont connu une croissance urbaine bien après la guerre civile (1861-1865) qui ont un tissu urbain plus lâche. Leur super modèle est Los Angeles et ce sont les villes de la Sun Belt et de l'ouest.

Central Parc

© Chloé Bréton.

Central Parc en avril.


Quelles sont les spécificités de New York, à l'intérieur de ce « modèle américain » ?
C. G.-G. Dans le système des villes américaines, New York est la ville où se trouve la Bourse. La présence du stock exchange façonne la ville sociologiquement et morphologiquement, car elle exige une densité urbaine pour favoriser la rencontre des individus. Ainsi, le phénomène de Manhattan est unique. Symboliquement, New York est l'image de la puissance économique américaine. Enfin, New York véhicule le symbole de l'immigration. Aujourd'hui, 40 % de la population de cette ville est née à l'étranger.

Les liens entre Paris et New York relèvent-ils plus de l'ordre du partenariat ou de la concurrence ?
C. G.-G.
Entre les deux villes, il y a toujours eu concurrences et alliances. Sur le plan économique, elles sont en compétition, mais la Bourse de Paris (Euronext) ne représente pas grand-chose par rapport à Wall Street. En revanche, Paris est une grande capitale sur le plan intellectuel et artistique. D'une certaine façon, elles sont complémentaires. Néanmoins, on assiste aujourd'hui à une compétition entre les villes mondes, les villes globales. Ce n'est pas étonnant que New York, Paris et Londres se soient retrouvées en finale pour organiser les Jeux olympiques de 2012. Mais ni Madrid, ni Moscou ne sont des villes globales.

Comment reconnaît-on ces villes globales ?
C. G.-G.
Ce sont celles qui attirent les capitaux et les marchés financiers. On y trouve des emplois dans le secteur tertiaire de haut niveau, les services financiers aux entreprises globales. Les individus sont hautement qualifiés. Ce sont également des villes cosmopolites. Enfin, elles ont des points d'ancrage dans l'économie globale. On ne parle plus des États, mais des métropoles : il n'y a pas de concurrence entre la France et les États-Unis, mais entre Paris et New York, Los Angeles. C'est ce que l'affaire des JO nous démontre ! Cependant ces villes globales fonctionnent avec leur hinterland, c'est pourquoi on parle également de ville région ou de ville métropole : New York « va » jusque dans le Connecticut et le New Jersey.

Quel est l'impact local de cette globalisation ?
C. G.-G.
Cet impact est certainement plus fort à New York. Mais on assiste à une polarisation au sein de l'entité de la ville région. Certains quartiers bénéficient plus que d'autres de l'impact de ces réseaux riches, d'autres sont perdants. On observe donc de plus fortes inégalités sociales et spatiales.

Ces villes sont confrontées à la juxtaposition de populations venant d'horizons multiples. C'est aujourd'hui le cas de Paris. Le challenge est désormais de disposer d'équipements pour accueillir ces firmes globales et d'avoir la capacité d'assimilation des populations étrangères.


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à lire

Villes et société urbaine aux États-Unis. Cynthia Ghorra-Gobin, Colin, 2003.

Los Angeles, le mythe américain inachevé. Cynthia Ghorra-Gobin, CNRS ÉDITIONS 2002 (2e édition).

Contact

Cynthia Ghorra-Gobin
Laboratoire « Espace et culture »
CNRS-Université Paris 4
Tél. : +33 (0)1 44 32 14 43

Consulter le site web
Laboratoire « Espace et culture »

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