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Attention article publié avant décembre 2005

L'hirondelle ne fait plus la police

Le policier parisien et son public

Le policier fait assurément partie du paysage parisien. Les anciens ou les cinéphiles gardent en mémoire l'image de l'hirondelle, le policier à vélo, ou de l'îlotier patrouillant à pied, éléments incontournables du décor du Paris des années 1940 ou 1950. Christian Mouhanna, chercheur au Centre de sociologie des organisations, dresse le « portrait-robot » du policier parisien.

Aujourd'hui, Paris est l'une des villes au monde qui connaît le plus fort taux de policiers par habitant, soit un fonctionnaire de police pour 110 habitants environ. Policiers en VTT, ou en rollers, voire à cheval dans certains parcs, sont venus s'ajouter aux patrouilles automobiles, aux gardes des principaux édifices publics et aux autres CRS qui font partie du quotidien, très surveillé, des rues de la capitale, sans parler des enquêteurs en civil qui passent plus inaperçus.

Cette forte présence traduit en fait une double préoccupation, aussi ancienne que l'histoire de la police à Paris. D'un côté, la police est là pour répondre à un sentiment d'insécurité aussi fort dans la capitale que dans le reste de la France. Que ce soit en police secours ou en patrouille préventive, les policiers sont censés rassurer passants et résidents. Mais d'un autre côté, la police s'inscrit également dans une très longue tradition de protection de l'État et de surveillance de ces mêmes publics. Elle protège les bâtiments publics, encadre les manifestations, surveille les foules, gère la circulation.

Si ces deux préoccupations ne sont pas forcément contradictoires a priori, elles créent cependant des tensions au sein de ces institutions policières, d'une part parce que les policiers sont traditionnellement mobilisés en faveur de la seconde, et d'autre part parce que la culture du contrôle et de la surveillance induit une méfiance naturelle à l'égard du citoyen. Peu habitués à rendre des comptes à leurs administrés, les policiers ont tendance à gérer la sécurité de manière autonome, peu ouverte sur l'extérieur.

Mais d'autres facteurs contribuent également à créer un fossé entre les attentes complexes et disparates des populations et les policiers. Issus de classes moyennes ou modestes de province, ceux-ci peinent à trouver leur place dans un environnement parisien qu'ils connaissent peu ou mal, dans lequel ils arrivent jeunes, sans expérience professionnelle antérieure, et sans ancrage local. Plutôt enclins à rejeter ces milieux trop riches ou trop pauvres pour eux, peu encouragés par leurs hiérarchies à s'investir véritablement dans des relations suivies avec le public, ces policiers cherchent à partir le plus vite possible de cette ville mal aimée, et contribuent ainsi à alimenter un mouvement perpétuel de circulation des fonctionnaires dans Paris et sa banlieue.

Consciente de ces faiblesses, la hiérarchie policière parisienne avec à sa tête le préfet de police a cherché à modifier l'organisation de ses services afin de mieux servir les citoyens parisiens. De ces réflexions sont nées en 1999 deux grandes directions policières, celle de l'Ordre public et de la circulation, caractérisée entre autres par la présence de policiers aux casquettes ornées de damiers (« les lustucrus ») et celle de la Police urbaine de proximité, qui doit répondre aux inquiétudes des Parisiens.

Mais le parti pris résolument et presque uniquement répressif de cette police et le poids toujours croissant de la production de chiffres aux dépens de la qualité, qualité des affaires mais aussi qualité des rapports humains débouchent malheureusement sur un résultat très mitigé : faute d'accepter un réel regard extérieur sur ses pratiques, la police a tendance à se refermer sur elle-même. L'omniprésence des policiers ne signifie pas symbiose avec son environnement, mais plutôt supersposition.


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à lire

Peurs sur les villes. Sous la direction de Jérôme Ferret et Christian Mouhanna. PUF. Coll. Sciences sociales et sociétés, 2005.

Police : la proximité en trompe-l'œil. In L'État face à la demande de sécurité. Christian Mouhanna, ESPRIT, n°290, 2002.

Au delà des controverses stériles. Christian Mouhanna, Sociologie du travail, n°4 vol 44, Oct-déc. 2002, Dossier La sociologie, les sociologues et l'insécurité.

Contact

Christian Mouhanna
Centre de sociologie des organisations (CSO)
CNRS-IEP Paris
Mél : mouhanna@hotmail.com

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CSO

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