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Attention article publié avant décembre 2005

« Faible densité » et risques économiques

Au recensement de 1801, Paris comptait 555 000 habitants, déjà 1 174 000 à celui de 1856 et la Ville atteindra son sommet démographique en 1921, avec 2 900 000 âmes. Stabilisée jusqu'au milieu des années 1950 (on recensait 2 850 000 Parisiens en 1954), la population, depuis, n'a cessé de décroître. Commentaires de Pierre Beckouche, professeur de géographie à l'Université Paris 1, membre du Laboratoire « Dynamiques sociales et recomposition des espaces ».

« En un demi-siècle, de 1954 à 1999, la capitale a perdu plus de 725 000 habitants, soit grosso modo le quart de sa population », indique Pierre Beckouche. Que Paris, qui demeure la troisième métropole du monde la plus productive de richesses, avec New York et Tokyo, ait enregistré un tel recul sous l'effet d'une explosion des prix de l'immobilier et, plus récemment, d'une politique de protection de « l'hyper-centre », est-il une bonne ou une mauvaise chose ? Pour Pierre Beckouche, ce tassement de la résidence et de l'emploi, outre qu'il repousse les moins solvables hors des limites de la Ville et ensemence « un modèle parisien fondé sur une ségrégation sociale par la distance au centre », est hautement dommageable sur le plan économique : « Depuis quinze ans, 300 000 emplois ont quitté Paris. L'effritement de la densité pénalise l'emploi, qui s'en va, alors que depuis deux cents ans, la nation a multiplié les efforts pour concentrer des équipements d'une richesse extraordinaire dans le cœur de la région parisienne. Une ville dense, aux activités diversifiées et à haut niveau de qualifications, s'avère le meilleur dispositif territorial possible pour l'innovation et le meilleur moyen de lui permettre d'exprimer tout son potentiel économique ». 

Or, sachant que l'Île-de-France assure à elle seule 29 % de la production nationale (PIB), brider le moteur économique de la région parisienne engendre nécessairement « des retentissements macro-économiques ». Et d'assurer que plaider pour un renforcement de la densité de Paris, aussi « contre-intuitif » que cela paraisse, revient à militer en faveur de l'environnement. « Revaloriser la zone dense permettrait d'enrayer l'étalement et la consommation d'espaces, ce que les Villes nouvelles ne sont pas parvenues à faire totalement. Il est regrettable que les Verts qui siègent au Conseil municipal de Paris, contrairement à leurs collègues du Conseil régional d'Île-de-France, considèrent le mot 'densité' comme un gros mot ». D'autant que, poursuit le même expert, qui dit densité dit ralentissement de l'explosion de la mobilité automobile. Explication : « À l'heure actuelle, celui qui habite et travaille en grande banlieue a sept fois moins de chances qu'un actif parisien travaillant à Paris d'utiliser les transports en commun pour aller au travail, et quatorze fois moins pour ses loisirs ! »


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Contact

Pierre Beckouche
Laboratoire « Dynamiques sociales et recomposition des espaces » (LADYSS)
CNRS-Universités Paris 10, 1, 7 et 8
Mél : Pierre.Beckouche@univ-paris1.fr

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LADYSS

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