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Attention article publié avant décembre 2005

Un siècle d'erreurs chèrement payées

Que s'est-il passé, au XIXe siècle, pour que Paris commette de monumentales erreurs d'urbanisme que la Ville mettra plus de cent ans à rattraper ? Explications de Pierre Beckouche, professeur de géographie à l'Université Paris 1, membre du Laboratoire « Dynamiques sociales et recomposition des espaces ».

Flash-back. Fin du XVIIIe et début de vastes mouvements migratoires en France. Le Bassin parisien d'abord, puis le reste de la France, expédient des migrants à Paris, chassés des campagnes par la misère et aimantés par l'espoir de trouver du travail dans ce qui est alors la première ville industrielle du pays. Résultat : vers 1850, sur le million de personnes vivant à Paris, « 300 000 sont des indigents et 400 000 des quasi-miséreux, indique Pierre Beckouche en reprenant les travaux de Bernard Marchand1. À cette époque, il y a déjà une banlieue, ou plus exactement des faubourgs hérissés de cabarets et de petits commerces ne payant pas l'octroi et ne nécessitant pas d'autorisation administrative. Mais dans l'ensemble, le modèle urbain parisien est celui de la densité, de la présence et de la confrontation de toutes les catégories sociales ».

Le démarrage, en 1853, de grandes opérations d'urbanisme, notamment haussmanniennes, va bouleverser la donne. La raison d'ouvrir ces chantiers qui se poursuivront jusqu'au début du XXe siècle est évidente : régler le problème sanitaire et social de l'entassement de la pauvreté au cœur de la Ville et éviter la concentration d'ouvriers politiquement dangereux en éloignant les industries. « La décision stratégique a été prise de 'nettoyer' ces quartiers, dans tous les sens du terme, et de tenir les foules miséreuses à l'écart des lieux du pouvoir ». Ce qui explique que la banlieue parisienne se soit constituée comme une concentration des petites gens chassées de la Ville pour des raisons immobilières2. Bref, comme un lieu de relégation. À cette opposition sociale et politique entre Paris et banlieue, viendra s'en ajouter une autre, fiscale. « La Ville fut longtemps la plus endettée du monde. Et elle le serait restée pour cent ans s'il n'y avait pas eu l'hyper-inflation de l'entre-deux-guerres », dit Pierre Beckouche. Comment cela s'explique-t-il ? « Par la timidité du soutien de la nation et le souci récurrent des pouvoirs publics nationaux, donc provinciaux, d'éviter de voir Paris, ville des révolutions, grandir trop vite. Les politiques d'aménagement urbain ne furent jamais à l'échelle requise par la révolution urbaine qui avait lieu à Paris ». 

Autre « bévue » de taille couronnant le tout : le métro, construit comme un réseau géographiquement arrêté à la banlieue et techniquement incompatible avec le chemin de fer3. Et pourtant, c'est ce vaste chantier de couture entre Paris et la banlieue qui a été rouvert depuis 1965 avec le schéma directeur de la Région Île-de-France, puis avec la récente politique municipale de Paris en direction des communes limitrophes de banlieue. « Dans ce chantier, les infrastructures principales sont, globalement, posées : routes et réseau ferré, logement, équipements hospitaliers, commerciaux…. Une seule manque à l'appel : une vraie politique de revalorisation de l'espace scolaire en friche, celui de la proche banlieue populaire. Un retard que nous paierons aussi longtemps et aussi cher que les erreurs urbanistiques du XIXe siècle… ».


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Contact

Pierre Beckouche
Laboratoire « Dynamiques sociales et recomposition des espaces » (LADYSS)
CNRS-Universités Paris 10, 1, 7 et 8
Mél : Pierre.Beckouche@univ-paris1.fr

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LADYSS

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