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Attention article publié avant décembre 2005

Paris-Banlieue : penser et valoriser l'espace urbain dense

À l'ère des « régions urbaines », la coupure entre Paris et sa banlieue frise l'absurde. Quelles sont les raisons, passées et présentes, de l'insuffisante intégration entre ces territoires ? Les réponses de Pierre Beckouche, professeur de géographie à l'Université Paris 1 et membre du Laboratoire « Dynamiques sociales et recomposition des espaces ».

On sait où s'arrête Paris, mais on a du mal à délimiter la « banlieue parisienne ». D'où vient cette difficulté ?
Pierre Beckouche.
Du fait, d'abord, que les sept départements de la proche et de la grande couronne ne la définissent pas de manière satisfaisante, car les « franges franciliennes », c'est-à-dire l'extension de la banlieue parisienne au-delà des limites de l'Île-de-France, ne sont pas prises en compte. Et, à supposer que l'on intègre ces franges, où s'arrêter ? L'amélioration des transports met Rouen, voire Tours, à des distances-temps urbaines. La question, ceci dit, n'est pas seulement géographique. Il n'y a pas, en France, d'institution d'échelle métropolitaine. Les lois de décentralisation de 1982-1983 se sont cantonnées au découpage classique : commune, département, région. Or, le Conseil régional d'Île-de-France et la Préfecture de Région sont deux institutions un peu petites pour coiffer la grande région parisienne et un peu grandes pour gérer « le cœur du chaudron », c'est-à-dire l'agglomération, de Paris aux Villes nouvelles.

Paris et sa banlieue ont-ils des chances de travailler un jour « main dans la main » ?
P. B. Une conjonction de facteurs rend optimiste. Premièrement, nous bénéficions désormais d'une solide tradition de planification régionale qui associe Paris et banlieue. Deuxièmement, le rapprochement politique entre la capitale et la « banlieue rouge » facilite un aménagement concerté entre l'APUR1 et les services d'urbanisme des communes limitrophes. Troisièmement, le « desserrement » des activités économiques parisiennes par-delà le périphérique (sièges sociaux, services aux entreprises, médias) associe de fait l'ensemble de la zone dense (Paris et la proche couronne) : le quart des actifs parisiens travaillent déjà en banlieue et le quart des actifs de la proche couronne travaillent à Paris. Sans oublier que les classes bourgeoises parisiennes partent à la conquête résidentielle de la proche banlieue et que la montée des préoccupations environnementales fait de l'ensemble de l'agglomération parisienne une échelle de référence.

Quel est, à vos yeux, le problème que doit régler en priorité la région parisienne ?
P. B.
La question scolaire. Car le système de formation francilien se grippe : 11 % des jeunes en sortent sans diplôme2. Une des raisons tient à la géographie, massive, de l'échec scolaire, en banlieue nord notamment, qui entraîne les établissements scolaires dans une spirale de difficultés croissantes. Chose stupéfiante et pourtant mal connue, la nation met moins d'argent public dans ses collèges en ZEP3 que dans ses collèges hors ZEP, ce qui donne une idée de la pusillanimité de notre politique scolaire pour les populations en difficulté. Voilà une vingtaine d'années que ce cercle vicieux - désormais plurigénérationnel - de la relégation sociale des parents et de la sous-formation des enfants a été identifié en banlieue parisienne… Il faut craindre que les conséquences de notre incapacité à lui trouver une réponse seront aussi coûteuses que les erreurs de l'urbanisme du XIXe siècle (Cf. Pour en savoir plus).


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Contact

Pierre Beckouche
Laboratoire « Dynamiques sociales et recomposition des espaces » (LADYSS)
CNRS-Universités Paris 10, 1, 7 et 8
Mél : Pierre.Beckouche@univ-paris1.fr

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LADYSS

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