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Attention article publié avant décembre 2005

De moins en moins de Parisiens de souche

Aujourd'hui seuls 31 % des habitants de Paris sont nés dans la capitale. Ils étaient 36 % à la fin du XIXe siècle. Commentaires de Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon, directeurs de recherche au CNRS, membres du Laboratoire « Cultures et sociétés urbaines ».

« En 1886, rappellent les deux sociologues, Paris était la plus grande ville de province. Seuls 36 % des Parisiens y étaient nés, contre 56 % dans le reste du département de la Seine et en province, et 8 % à l'étranger ». À l'heure actuelle, le nombre des Parisiens de souche a encore fondu : 31 % seulement des habitants de la capitale y sont nés, 14,5 % sont originaires du reste de l'Île-de-France, 32 % viennent de la province et 23 % de l'étranger. Explication des deux chercheurs : « L'histoire des provinciaux à Paris aide à mettre en perspective les difficultés actuelles de l'intégration pour les immigrants les plus récents et a de quoi rendre optimiste ».

Rien de plus instructif, de fait, que de relire les commentaires qui, tout au long du XIXe siècle, ont émaillé et stigmatisé la cohabitation entre Parisiens et Auvergnats (basés autrefois dans le faubourg Saint-Antoine) ou Bretons (à proximité de la gare Montparnasse). « Invasion des barbares », grondait le Journal des Débats, quand Haussmann comparait les flots de nouveaux arrivants, surtout ruraux, à une « tourbe de nomades » et Thiers à « une multitude de vagabonds ». Un rejet récurrent qui « alla jusqu'à s'appuyer sur une théorisation raciste opposant les vainqueurs, les descendants des Francs, aux Gaulois vaincus, dégénérés. Les premiers étaient représentés par les Parisiens de souche et les seconds par les 'sauvages' immigrés provinciaux » rendus responsables de l'insécurité d'alors, comme le sont, aujourd'hui, les migrants en provenance des quatre coins de la planète.

Belges et Polonais, puis Italiens et Espagnols dès le début du XXe siècle, travailleurs en provenance de pays colonisés d'Afrique ou d'Asie après la Première Guerre mondiale, Portugais, migrants issus du Maghreb et d'Afrique Noire dans les années 1950 et 60, immigrés du Sud-Est asiatique, Kurdes, Tamouls et ressortissants des pays de l'Est plus récemment, tous représentent quelque 200 nationalités et font de Paris « une ville multiculturelle à part, où la présence étrangère est plus forte qu'ailleurs. Sur les 3 200 000 étrangers recensés en France en 1999, 1 300 000 vivent en région parisienne, soit 40 %. Et la concentration des étrangers à Paris est encore plus forte puisque 9,4 % y résident, alors que les 2 125 000 Parisiens ne représentent que 3,6 % de la population française  ».

Quant à leur répartition spatiale, laquelle revêt souvent « un aspect communautaire marqué », les arrondissements populaires du nord-est (18e, 19e et 20e) et ceux du centre et de l'est (2e, 3e, 10e et 11e) caracolent en tête. Seule surprise : la présence d'un taux assez élevé d'étrangers dans deux des arrondissements les plus huppés : le 8e et le 16e. « Cette anomalie apparente correspond à la composition spécifique de cette population qui n'est pas du tout celle de Barbès ou de la Goutte d'Or, commentent Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon. On y trouve en effet 20 % de 'cadres et professions intellectuelles supérieures', une catégorie qui ne représente que 9,8 % des actifs étrangers dans le 18e. Les 'personnels des services directs aux particuliers' représentent quant à eux 33,9 % des actifs étrangers dans le 8e, contre 20,6 % dans le 18e ». Sans oublier que la composition des étrangers par nationalité diffère : dans le 8e, les ressortissants de l'Union européenne constituent 57,4 % de la population totale étrangère, contre 19 % dans le 18e.


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Sommaire

à lire

Sociologie de Paris. Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon. Ed. La découverte, coll. Repères, 2004.

Ils ont également publié :
Paris mosaïque. Calmann-Lévy, 2001.
Quartiers bourgeois, quartiers d'affaires. Payot, 1992.
Dans les beaux quartiers. Seuil, 1989.

Contact

Monique Pinçon-Charlot, Michel Pinçon
Laboratoire « Cultures et sociétés urbaines » (CSU)
CNRS-Université Paris 8
Mél : mpincon@ext.jussieu.fr

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CSU

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