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Pour mieux écrire l'histoire de l'Europe

Les questions de gouvernance et de citoyenneté en Europe sont au cœur des préoccupations des autorités nationales comme européennes. Les chercheurs s'y intéressent également, notamment ceux de l'Unité mixte de recherche « Identités, relations internationales et civilisations de l'Europe » (IRICE)1 qui rassemble autour d'historiens et de civilisationnistes des linguistes, des économistes, des juristes, des géographes et des politistes.

Si l'Europe est un processus de construction, elle est aussi depuis longtemps le théâtre d'affrontements et de déchirures. Écrire l'histoire de l'Europe, c'est d'abord avoir conscience que cette histoire pose problème, que l'unité de l'Europe n'était pas prédestinée. L'objectif est d'analyser l'objet « Europe » dans sa complexité, à la fois comme espace de civilisations aux contours indéfinis et comme système de relations internationales. Il s'agit aussi d'examiner cette histoire du temps présent à la lumière de la longue durée, mais sans esprit téléologique : le processus de construction de l'Europe n'est pas vraiment inscrit dans les gènes de la culture européenne, puisque, à bien des égards, il s'inscrit en rupture avec le passé. Les héritages y ont cependant une part essentielle, mais ils sont transformés par des effets de mémoire et des mutations culturelles, ce qui donne lieu à une évolution constante des identités européennes.

Il existe en Europe depuis trois ou quatre siècles une soif d'« ordre européen », censé apporter la paix et conduisant souvent à la guerre. Depuis le milieu du XXe siècle, apparaît une nouvelle dynamique européenne, qui relève à la fois de cet ordre ancien et d'un changement fondamental dans le mode de production identitaire. Les rapports entre identités nationales, identités régionales et identité européenne se métamorphosent en effet rapidement, souvent sous le coup d'événements forts, destructeurs ou fondateurs, et de stimuli négatifs : hantise du déclin, de la guerre et de l'insécurité, peur de l'URSS, inconfort face à l'hégémonie des Etats-Unis. L'Europe paraît se faire « contre » une menace, plutôt que « pour » un idéal et, en même temps, les Européens puisent dans le passé, quitte à l'instrumentaliser, de quoi nourrir des valeurs et des normes communes.

S'il est nécessaire d'évaluer le poids des relations inter-européennes et des rapports transeuropéens, il faut aussi établir des comparaisons avec les sociétés extra-européennes proches de l'Europe, notamment celles de l'Amérique. Le croisement de l'approche internationaliste et de l'approche comparatiste permet en particulier de mieux isoler les « spécificités européennes » par rapport à la société américaine : quelles relations, quels échanges, quelles interférences entre l'Europe et l'Amérique du Nord depuis 1945 ? Un des axes de recherche est l'étude de la complexité de cette relation faite à la fois d'entente et de « malentendu transatlantique » depuis les années 1960 : sur le plan économique (intégration atlantique et querelles commerciales), politique et culturel (américanisation et anti-américanisme), stratégique et militaire (la question de l'OTAN).

L'Unité IRICE a d'autres axes de recherche : une réflexion sur le système européen, et la place qu'y tiennent la culture, les cultures politiques, mais aussi les relations bilatérales (« couples » franco-britannique et franco-allemand) ; l'étude des relations et des regards croisés Est-Ouest à l'intérieur de l'Europe depuis 1945 ; les relations Europe et Asie du Sud-Est ; l'analyse d'une période spécifique de vingt ans : « crises, conscience de crise et mutations en France et en Europe entre 1973 et 1995 ». Enfin, l'Unité est au cœur d'un réseau de 180 chercheurs de seize pays différents travaillant sur le thème : « Espaces et temps de la construction européenne », qui renvoie principalement à la problématique de « l'élargissement et de l'approfondissement » de l'Europe.
L'objectif de toutes ces recherches est d'insérer davantage l'histoire de l'Europe dans le débat européen.

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à lire

Elisabeth du Réau et Robert Frank (dir.), Dynamiques européennes, nouvel espace, nouveaux acteurs, 1969-1981. Paris, Publications de la Sorbonne, 2002, 318 p.

Contact

Robert Frank
Directeur de l'Unité de recherche IRICE
IRICE
Tél. : 01 40 46 27 90
Mél : frank@univ-paris1.fr

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