Moteur de recherche

 

Espace presseThema

Attention article publié avant décembre 2005

Le Palais de la porte dorée : une destinée haute en symboles

Le Musée national des arts d'Afrique et d'Océanie (MAAO) a fermé définitivement le 31 janvier 2003. Ses collections doivent rejoindre le futur musée des arts et civilisations d'Afrique, d'Asie, d'Océanie et des Amériques, quai Branly. Anne Monjaret, chercheur au Centre de recherche sur les liens sociaux, a participé à l'enquête menée au MAAO.

MAAO

© Mélanie Roustan.

Musée national des arts d'Afrique et d'Océanie (MAAO) de la Porte Dorée.


Une histoire coloniale en héritage
Le bâtiment du MAAO, chef d'œuvre de l'architecture Art déco des années trente, est inscrit à l'inventaire des monuments historiques et en partie classé. Bâti à l'occasion de l'Exposition coloniale de 1931 pour servir de pavillon permanent des colonies puis musée des colonies et de la France extérieure, souvent surnommé le Cayenne des musées de France, il devient MAAO dans les années 1960 sous la tutelle d'André Malraux. Beaucoup d'anciens agents, passionnément attachés à leur musée, étaient des vétérans des guerres de 14-18 ou 39-45, d'Indochine ou d'Algérie, et avaient bénéficié d'emplois réservés aux militaires. Certains d'entre eux ont transmis l'histoire, vraie ou fausse, d'un musée autrefois prison, donnant pour preuve les barreaux et graffitis dans la cour dite des prisonniers. Cette métaphore carcérale, relayée également par des agents moins anciens du musée, témoigne de l'héritage parfois lourd à porter du passé colonial. Le transfert des collections du MAAO vers le musée du quai Branly et la création de ce dernier permettront-ils de redéfinir le rapport à ce passé, d'écrire une nouvelle histoire des relations entre colonisateurs et colonisés ? La réponse est peut-être dans l'avenir du site du MAAO, qui devrait devenir une Cité nationale de l'histoire de l'immigration. Une re-patrimonialisation qui serait alors aussi un parcours symbolique à contre-sens.

Une rupture professionnelle et affective
La mission de l'équipe scientifique sollicitée par la direction du MAAO était de réaliser un portrait sensible du musée, en donnant la parole au personnel et en étudiant sa mémoire. La direction reconnaissait le rôle social et le travail de deuil inhérents à l'enquête, ce départ annoncé étant une rupture douloureuse. L'éclatement du MAAO, un musée qui « marchait » bien, marque la dissociation du bâtiment, des collections et des personnels liés par une histoire commune. La majorité du personnel n'ira pas au musée du quai Branly, à part quelques conservateurs. Certains, appartenant plutôt aux métiers de gardiennage ou d'agent technique, restent travailler à l'Aquarium tropical qui ne ferme pas, mais la plupart sont mutés. La compétence de nombreux agents formés sur place et « faisant fonction de », notamment dans les équipes techniques et de restauration, n'est pas prise en compte pour le futur musée, d'où un sentiment de disqualification, renforcé par une externalisation des métiers manuels dans la fonction publique.

Avec la fermeture du MAAO, le transfert de ses collections et de celles du laboratoire d'ethnologie du musée de l'homme vers le quai Branly, avec le départ du musée national des arts et traditions populaires pour Marseille, et la création du musée du quai Branly… c'est une reconfiguration de l'ensemble des musées liés aux civilisations qui se dessine à Paris.


Haut de page

Sommaire

à lire

MAAO : mémoires, Jacqueline Eidelman, Anne Monjaret, Mélanie Roustan, photographies de Bernard Plossu, éd. Marval, 2002.

La cour des prisonniers : graffiti et métaphore carcérale dans un musée parisien, Anne Monjaret. In Le Monde alpin et rhodanien, 2e trim. 2004.

Contact

Anne Monjaret
Centre de recherche sur les liens sociaux (CERLIS)
CNRS-Université Paris 5
Tél. : +33 (0)1 42 86 22 50 01
Mél : anne.monjaret@paris5.sorbonne.fr

Consulter le site web
CERLIS

Consulter le site web
Anne Monjaret 

Retour à l'accueilContactcreditsCom'PratiqueAccessibilité : aide