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Trois hôpitaux, un musée… quels étaient les objectifs des deux enquêtes ?
Anne Monjaret. L'objectif était d'étudier la mémoire, l'identité de chaque lieu. L'enquête « hôpitaux », plus ethnologique, s'est déroulée sur trois sites, avec une responsable transversale, Marie-Christine Pouchelle. L'enquête « MAAO », plus sociologique, s'est passée sur un seul site. Le processus de fermeture est assez commun mais les conséquences humaines sont différentes. Les hôpitaux étaient de plus grosses structures que le MAAO, petite structure d'une centaine de personnes, ce qui change la relation de l'administration à son personnel. Les politiques n'étaient pas les mêmes : la fermeture du MAAO, c'était le transfert des collections, et très peu du personnel, vers le musée du quai Branly. L'hôpital, lui, ne s'envisageait pas sans son personnel dont le transfert partiel vers l'HEGP était plus explicite.
Un travail avec le personnel, mais aussi une collecte d'objets ?
A. M. Notre mission dans l'enquête sur les hôpitaux était en effet aussi de collecter des objets-mémoire1. Nous avons privilégié ceux qui permettaient de retracer leur histoire, de la maternité au funérarium, et les personnels ont d'ailleurs eux aussi récupéré quelques-uns de ces objets-mémoire. Enfin, nous avons été amenés à jouer un dernier rôle : lorsqu'on arrive dans un moment de crise, on permet de libérer une parole, de faire lien entre passé, présent et futur, et on est alors sans le vouloir dans une logique d'accompagnement. À l'hôpital, ce rôle d'aide au personnel dans son travail de deuil n'était pas énoncé au départ de l'enquête, il est venu progressivement. Au MAAO, cette mission d'accompagnement a été plus explicitée d'emblée par la direction.
La fermeture a-t-elle été vécue différemment dans les trois hôpitaux ?
A. M. Les bâtiments étaient différents, Laennec et Boucicaut plus anciens et plus petits que Broussais, avec des structures pavillonnaires, des jardins. L'histoire de chaque hôpital n'était pas la même. On savait depuis longtemps que Boucicaut et Laennec devaient partir, mais Broussais pas du tout. Très combatif, Broussais a réagi, lutté, mais a dû affronter ce temps spécial de la fermeture, sorte de maladie chronique avec laquelle il faut vivre car il se passe des années entre l'annonce du départ et le départ effectif. Il y a eu des moments communs de grève, des revendications élargies au problème des CDD et de leur précarisation. L'esprit de chaque lieu passait plus par les gens que par les objets, chacun revendiquait l'appartenance à son hôpital : au lieu de la plaquette commune prévue, qui devait préparer les personnels à une nouvelle histoire, nous avons finalement réalisé une plaquette distincte par hôpital2.
Ce travail de mémoire va-t-il se poursuivre, au-delà de ces enquêtes ?
A. M. Oui, bien sûr, je continue mes recherches sur la mémoire et l'identité professionnelle des agents techniques, des ouvriers d'État. J'ai commencé un travail sur les jardiniers des hôpitaux de l'A. P. en Île-de-France ; une partie d'entre eux étaient des enfants de pupilles, une école les formait à l'horticulture, certains ont encore la mémoire de cet internat. À suivre…
1/ Avec le Musée national des arts et traditions populaires (MNATP) et le Musée de l'Assistance publique (Musée de l'A. P.). L'équipe a également récupéré les peintures murales érotiques d'une salle de garde, où les artistes mettaient en scène des acteurs de l'hôpital.
2/ Ces plaquettes « Histoire des hôpitaux, Mémoire et identité, regards sur l'hôpital Boucicaut » (Marie-Christine Pouchelle, Lucienne Carpot), « [...] Broussais » (Anne Vega, Marie-Christine Pouchelle), « [...] Laennec » (Muriel Pissavy, Marie-Christine Pouchelle), sont consultables aux archives de l'A. P.
• Quand les lieux de travail ferment, Anne Monjaret ;
• Fermeture d'hôpitaux, quelles clefs ?, Marie-Christine Pouchelle.
• Fin du MAAO : un patrimoine revisité, Anne Monjaret, Mélanie Roustan, Jacqueline Eidelman.
In Fermetures, crises et reprises, Revue Ethnologie française, octobre 2005.
Anne Monjaret
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