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Attention article publié avant décembre 2005

L'Église catholique, « entrepreneur » de cérémonies

L'un des axes de repositionnement de l'Église catholique en France consiste en un rôle d'entrepreneur de cérémonies, spécialisé dans la mise en forme rituelle des grands moments de l'existence. Son patrimoine architectural et liturgique inégalé, ainsi que la qualité et le faible coût de ses prestations, en font une « entreprise » vers laquelle se tournent de très nombreux Français. Le regard de Céline Béraud, sociologue au Centre d'études interdisciplinaires des faits religieux (CEIFR).

elt_catholicisme_03Les Français qui se tournent encore vers l'Église afin d'obtenir d'elle la réalisation d'un rite de passage sont bien plus nombreux que le cercle réduit des pratiquants réguliers (Cf. Pour en savoir plus). Les rituels catholiques sont mobilisés pour manifester le caractère festif et solennel de certains moments à forte portée symbolique (« rites de passage »). C'est moins la médiatisation avec l'au-delà qui est attendue, qu'une expression émotionnelle réussie formellement ici et maintenant. L'Église catholique en acceptant de répondre à ces demandes entend pallier le « désinvestissement rituel » et l'« évidement symbolique »1 des sociétés modernes, mais s'expose à des demandes de personnalisation des rituels pouvant conduire à mettre en cause la catholicité même de la cérémonie.

Le prêtre dont la présence est encore socialement attendue, est perçu comme le prestataire par excellence de mises en scènes cérémonielles réussies. Or, pour maintenir son offre de services religieux en dépit de la pénurie sacerdotale, l'Église s'est engagée dans un processus de diversification des catégories de personnel susceptibles de les accomplir. Si le droit canon donne une licence exclusive aux prêtres sur certains actes, d'autres sont partagés avec les diacres permanents, d'autres encore ouverts à l'ensemble des baptisés. Les sacrements du baptême et du mariage peuvent être célébrés par un prêtre ou un diacre2. Quant aux funérailles, elles peuvent être animées par un clerc ou un laïc. Les rituels catholiques des funérailles et du mariage présentent une structuration à « géométrie variable » ; l'un des éléments essentiels de l'hétérogénéité des prestations religieuses proposées pour ces rituels est la célébration ou non de l'eucharistie : si elle est célébrée, la cérémonie est une messe et, ni un laïc ni un diacre ne pouvant la célébrer, elle est soumise à la présence d'un prêtre.

L'accueil globalement positif fait aux diacres et aux laïcs est facilité par le flou qui entoure tant la nature exacte de l'acte posé que le statut de la personne qui le prend en charge. L'absence du prêtre ne pose problème que lorsqu'elle entraîne aussi la disparition d'un certain nombre de signes (notamment l'habit). Pour certaines personnes, éloignées de l'institution, la présence même de quelques attributs extérieurs (aube, croix, goupillon…) chez un autre que le prêtre peut suffire à garantir symboliquement la valeur du rituel. On perçoit ici l'effet du malentendu entre donneurs et demandeurs occasionnels de biens symboliques catholiques, en raison de la double plasticité d'un rituel catholique à la structure très modulable et de sa réception sociale marquée par une sévère déculturation religieuse. Ce malentendu ne touche pas les pratiquants réguliers qui, dotés d'un fort capital culturel catholique, revendiquent un « droit au prêtre ».


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