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Attention article publié avant décembre 2005

Églises et États entre sécularisation et confessionnalisation

Le devenir des religions au sein des États modernes est souvent apparenté à une sécularisation, c'est-à-dire à un retrait progressif du religieux hors de la sphère d'État (neutralisation, laïcisation). Ce qui n'exclut pas le transfert de certaines fonctions du religieux dans le champ de la politique. L'analyse de Philippe Büttgen, philosophe et historien au Centre d'études des religions du livre.

Depuis une trentaine d'années, le concept de sécularisation est concurrencé par une autre hypothèse, la confessionnalisation. La portée de celle-ci apparaît d'abord plus restreinte : le champ d'investigation n'est plus, comme pour la sécularisation, l'histoire entière de l'Occident depuis le Moyen Âge, mais la période-charnière des XVIe-XVIIIe siècles, consécutive aux Réformes protestantes et catholiques, dans les pays d'Europe les plus concernés par le processus de pluralisation du christianisme qui s'enclencha alors (Europe du Nord et du Centre, Saint-Empire romain germanique).

L'école de la confessionnalisation, active autour des historiens Wolfgang Reinhard et Heinz Schilling, a mis au point un modèle explicatif qui voit dans la concurrence des confessions (catholique, luthérienne, réformée) une cause accélératrice dans la formation des États modernes. L'accent est mis notamment sur la mobilisation d'appareils ecclésiastiques nouveaux, qui furent étroitement associés aux pouvoirs civils pour faire émerger, selon des modalités similaires d'une confession à l'autre, des types inédits de contrôle social (confessions de foi, disciplines ecclésiastiques, consistoires). La formation de l'État moderne, plutôt qu'une étape vers la sécularisation, aurait alors constitué un moment d'incandescence dans la politisation de la religion.

Un débat a récemment opposé, en Allemagne, « sécularistes » et « confessionnalistes ». Les deux thèses, en vérité, ne sont pas incompatibles et des voies de conciliation existent, que l'on insiste sur la dimension nouvelle d'une instrumentalisation du religieux par le politique ou que l'on fasse la distinction entre niveaux d'appréhension (pour le Saint-Empire, confessionnalisation des États territoriaux et sécularisation des institutions d'Empire allèrent de pair, notamment au moment de la Paix de Westphalie [1648]).

Le schéma de la sécularisation s'en trouve, en tout état de cause, modifié, rendu plus complexe et moins linéaire, surtout quand le concept de confessionnalisation est étendu au-delà de la période pour laquelle il a d'abord été forgé : l'historien Olaf Blaschke a récemment proposé de parler, pour l'Allemagne, d'un « second âge confessionnel », dans lequel la concurrence entre catholiques et protestants ferait sentir ses effets politiques et sociaux jusqu'aux années 1970. À l'aune de la confessionnalisation, la sécularisation apparaît alors comme un phénomène tout récent – ce qui lui confère peut-être un intérêt nouveau.


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à lire

Histoire doctrinale, histoire culturelle de la confessionnalisation. Quelques remarques à partir de l'histoire de la philosophie. In Études germaniques 57/3, juillet-septembre 2002, p. 558-576 (numéro spécial La Confessionnalisation dans le Saint Empire, XVIe-XVIIIe siècles. Études réunies par Patrice Veit et Jean-Marie Valentin).

Contact

Philippe Büttgen
Centre d'études des religions du livre (CERL)
CNRS-EPHE
Mission historique française en Allemagne (Göttingen)
CNRS-Ministère des affaires étrangères
Tél. : +49(0)(551) 552 13
Mél : Buettgen@mhfa.mpg.de

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