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Attention article publié avant décembre 2005

Mufti, muezzin ou imam, version française

Pour une formation des cadres musulmans en France. C'est ce que défend Franck Frégosi, sociologue au Centre de recherche « Politique, religion, institutions et sociétés : mutations européennes (PRISME) » et spécialiste de l'islam. En France, le nombre d'imams progresse très rapidement par rapport au nombre de mosquées. Moins de 20 % ont la nationalité française1 et la plupart d'entre eux, venus de Turquie et d'Algérie, ne parlent pas français.

Il existe au moins trois lieux de formation des imams en France2. Faut-il développer leur modèle ?
Franck Frégosi. Ces instituts connaissent un grand décalage entre les intentions de responsabilisation qu'ils affichent et leur réalité. Ils ressemblent davantage à des instituts d'arabisation, et limitent l'enseignement des disciplines non islamiques (culture, histoire, philosophie, droit national, économie, langues) à leur portion congrue. Du coup, il y a risque d'une inadéquation totale avec la société française. Après la formation, se pose la question du statut social de l'imam, qui n'est pas reconnu comme les autres clercs, pasteur ou rabbin sans oublier le volet économique de sa rémunération et le problème de son régime de protection sociale.

Comment les pouvoirs publics français peuvent-ils contribuer à la formation des cadres musulmans ?
F. F. L'alternative aux « flux d'importation » pourrait passer par le développement raisonné d'un enseignement supérieur musulman. Le statut de ces établissements d'enseignement supérieur peut être public, à l'image des filières théologiques de l'Université Marc Bloch3 de Strasbourg, ou privé, comme l'Institut catholique de Paris ou l'Institut protestant de Paris. Leur formation, initiale et continue, devra privilégier le pluralisme théologique. Car la francisation ne solutionnera pas tout. Les échanges internationaux pourront également préparer l'arrivée d'imams étrangers par le biais de partenariats avec les instituts islamiques du monde musulman. Une formation complémentaire permettrait aux imams en poste de se familiariser avec les usages français. Il s'agit aussi de mieux gérer les flux prévisionnels.

Quels sont les obstacles à ces solutions ?
F. F.
Au regard du droit ou des moyens existants, ces propositions sont réalisables. Pourtant elles ne sont pas retenues par le gouvernement. La France est à la traîne, comparée à d'autres pays européens (Hollande, Autriche, Allemagne ou Belgique) qui se sont déjà emparés de ces questions. La formation intellectuelle des cadres religieux en France doit être traitée largement, sans exclure par exemple la situation des aumôniers hospitaliers, militaires, pénitentiaires. La laïcité n'est ni le désengagement ni l'ingérence de l'État. Il est vrai aussi que les communautés musulmanes, principales intéressées, semblent encore réticentes à mettre à plat le système actuel.


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Pour en savoir plus

à lire

L'émergence d'un islam européen. In Le CNRS à l'heure de l'Europe, CNRS Thema, n° 1, 2e trimestre 2003.
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Contact

Franck Frégosi
Centre de recherche « Politique, religion, institutions et sociétés : mutations européennes »
(PRISME)
CNRS-Université Strasbourg 3
Tél. : +33 (0)3 88 10 61 05
Mél :
franck.fregosi@c-strasbourg.fr
ou franck.fregosi@libertysurf.fr

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