Moteur de recherche

 

Espace presseThema

Attention article publié avant décembre 2005

L'islam virtuel sur Internet

« La spécificité du Web est de placer sur le même plan, sans possibilité de censure ou d'occultation, la parole religieuse des institutions gardiennes de l'orthodoxie et celles des 'outsiders'. De permettre l'expression de toutes les interprétations sur l'islam, des plus orthodoxes aux plus minoritaires ou déviantes, commente Jocelyne Cesari. Un ingénieur progressiste peut y intervenir au même titre qu'un diplômé puritain d'Al-Azhar ou de Médine », que des minorités sexuelles musulmanes (homosexuels ou transsexuels), des courants syncrétiques soufis ou des sectes comme Nation of Islam, qui développe outre-Atlantique un millénarisme selon lequel, à la fin des temps, la supériorité de la race noire sera reconnue et la race blanche disparaîtra.

Difficile, pour autant, de jauger l'impact réel de cet islam virtuel sur la vie quotidienne des musulmans, dont seule une minorité surfe sur la Toile. « Ce qui est certain, poursuit Jocelyne Cesari, c'est que la Oumma1 électronique, au début des années 2000, reste majoritairement conservatrice ou réactionnaire. Cette tendance peut sembler de prime abord paradoxale, mais elle est en phase avec l'évolution du religieux dans la mondialisation et n'a rien de spécifique à l'islam. On retrouve la même prédominance fondamentaliste dans l'expression chrétienne ou juive à l'échelle mondiale ». Autre phénomène émergent, quand bien même la cybermosquée est loin d'avoir supplanté la mosquée de quartier : le changement de statut du Coran qui, mis en ligne et traduit en anglais ou en d'autres langues, « devient un 'produit' religieux de plus en plus immergé dans la vie de tous les jours. Il n'est plus réservé à l'espace-temps du sacré et entre dans la vie profane au même titre que les amulettes, chapelets et les autres objets religieux qui peuplent la vie religieuse des musulmans ». Où l'on voit qu'Internet « déplace la frontière entre sacré et profane qui, historiquement, place le texte révélé dans un domaine accessible seulement à certains moments et sous la conduite d'hommes de foi et de lettrés ».

L'accès au rite par le Net désacralise-t-il le rite, comme le soutient le sociologue américain John B. Thompson, ou confère-t-il au contraire plus de religiosité à la vie de tous les jours ? N'en déplaise à Thompson, selon lequel les nouvelles formes de communication dépersonnalisent le contenu du message religieux, « Internet favorise une repersonnalisation, voire une extrême subjectivité de la croyance et de la pratique religieuse, explique Jocelyne Cesari. L'extension de l'accès au Web renforce la dimension postmoderne du religieux, qui met l'accent sur la 'subjectivisation' des valeurs et des croyances. L'islam virtuel est un islam de l'expression des identités. Le témoignage remplace l'interprétation et donne souvent l'illusion de l'autorité ». Pour preuve, la multiplication des pages personnelles de bon nombre d'intellectuels musulmans comme Abdolkarim Soroush, Farid Esack ou Tariq Ramadan. « Le fait nouveau est qu'ils expriment une certaine interprétation de l'islam comme partie intégrante de leur trajectoire personnelle. La post-modernisation de l'islam désigne ainsi la supériorité du témoignage, de l'expérience individuelle, de la capacité à exprimer son identité à travers un discours religieux ».


Haut de page

Sommaire

Contact

Jocelyne Cesari
Groupe de sociologie des religions et de la laïcité (GSRL)
CNRS-EPHE
Mél : jcesari@fas.harvard.edu

Consulter le site web
GSRL (rubrique : programmes)

Consulter le site web
Euro-islam

Retour à l'accueilContactcreditsCom'PratiqueAccessibilité : aide