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Attention article publié avant décembre 2005

L'islam transformé par l'Occident (et réciproquement)

Chercheuse au Groupe de sociologie des religions et de la laïcité (GSRL) et professeure invitée à l'Université de Harvard, Jocelyne Cesari est spécialiste des minorités musulmanes en Europe et aux États-Unis. Et voit dans la présence des musulmans au cœur des démocraties occidentales les prémisses d'une réconciliation entre islam et Occident.

Malgré le poids de l'agenda politique (islam politique, guerre en Iraq…), l'islam et la culture occidentale sont-ils en train de traverser, pour la première fois, une période de symbiose ?
Jocelyne Cesari.
Tout le laisse à  penser, même si un des éléments communs aux discours d'hostilité dominants sur l'islam, de part et d'autre de l'Atlantique, est la collusion permanente entre un islam synonyme de menace politique internationale, d'obstacle à la modernisation, et musulmans de l'intérieur, comme l'ont montré les réactions d'hostilité post-11 septembre aux États-Unis ou après le 11 mars 2004 en Espagne. À condition de se défaire de ces a priori réducteurs, il est loisible d'observer que l'immigration musulmane, tant en Europe qu'en Amérique, constitue un moment de co-existence unique et de transformation mutuelle. Le nationalisme et la sécularisation dans les sociétés occidentales sont métamorphosés par la présence des musulmans. Dans le même temps, ce contexte politique et culturel inédit pour des musulmans qui échappent à la « main de fer » des États musulmans sur la tradition islamique modifie la pratique de leur religion. Laquelle, de communautaire et nationale, devient de plus en plus privatisée et individualisée. Certes, ces transformations mutuelles ne vont pas sans conflits et difficultés, à en juger par l'intensité du débat, partout en Europe, sur le foulard, le multiculturalisme…

Comment se manifeste, dans les faits, l'adaptation de la très grande majorité des musulmans à la sécularisation ?
J. C.
Il est, par exemple, très courant de rencontrer des jeunes des deux sexes qui jeûnent durant le mois du Ramadan, mais qui refusent d'apparaître comme musulmans dans les relations sociales. Plus fondamentalement, la sécularisation se traduit par l'acceptation du cadre juridique et institutionnel du pays dans lequel vivent les musulmans de la diaspora. Chose étonnante, cet ajustement de l'islam à la règle commune est dans la plupart des cas « passif » : il n'émane pas de juristes ou de théologiens musulmans, mais du juge européen ou américain. À la clé : la construction lente et « invisible » d'un droit musulman inédit, récréé en fonction des exigences des codes civils des sociétés d'accueil.

La montée de la théologie de l'intolérance et des discours de haine, au sein de l'islam mondial, ne risque-t-elle pas de retentir sur les communautés musulmanes d'Europe et des États-Unis ?
J. C.
Cette théologie de l'intolérance est aussi très présente au cœur de la population musulmane européenne, en particulier dans la jeunesse. Toutefois, il existe un pôle réformiste parmi les musulmans d'Occident. Certains d'entre eux tirent profit de la liberté de conscience propre aux démocraties pour développer un courant de pensée critique. Le rôle des musulmans américains, à cet égard, est décisif. Ils sont un microcosme de l'élite du monde musulman. Si ces « résistants » ne modifient pas la vie de la rue au Caire ou à Kuala Lumpur, ils inaugurent un nouveau discours de réconciliation entre islam et Occident, qui déconstruit les stéréotypes à la source de l'affrontement entre orientalisme et occidentalisme. Mais il est encore trop tôt pour dire qui, des tenants d'une approche conservatrice et réactionnaire de l'islam ou des avocats d'une approche libérale, l'emportera au sein des musulmans d'Occident.


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à lire

L'Islam à l'épreuve de l'Occident. Jocelyne Cesari, La Découverte, 2004.

Musulmans et Républicains. Les jeunes, l'islam et la France.. Jocelyne Cesari, Complexe, Bruxelles, 1998.

Être musulman en France aujourd'hui. Jocelyne Cesari, Hachette, 1997.

Faut-il avoir peur de l'islam ? Jocelyne Cesari, Presses de Sciences Po, 1997.

Contact

Jocelyne Cesari
Groupe de sociologie des religions et de la laïcité (GSRL)
CNRS-EPHE
Mél : jcesari@fas.harvard.edu

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