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Attention article publié avant décembre 2005

« Plus jamais ça ! » ou la grande leçon de l'Histoire

Le génocide des Juifs, peu abordé dans les programmes universitaires, est depuis quelques décennies, associé à une formule désormais devenue slogan : le devoir de mémoire. Annette Wieviorka, historienne à l'IRICE (Unité « Identités, relations internationales et civilisations de l'Europe »), revient sur cette demande sociale très fortement relayée par le politique et qui tend à s'internationaliser.

La commémoration1 en janvier 2005 du soixantième anniversaire de l'ouverture des camps d'Auschwitz a été une illustration magistrale de cette nouvelle donne mémorielle. La mémoire du camp, mise en récit par le Musée installé dès la fin de la guerre sur les lieux, était jusqu'aux années 1980 une mémoire nationale polonaise et une mémoire communiste, les deux niant le caractère juif de l'écrasante majorité des quelque un million de victimes. Alors que la commémoration de 1995 avait été l'objet d'un vif conflit entre mémoire juive et mémoire polonaise, celle de 2005 n'a donné lieu à aucune polémique significative.

Trois orateurs ont représenté les victimes : Simone Veil prit la parole pour les déportés juifs ; Wladislaw Bartoszewski, Président du Comité international d'Auschwitz, pour les « prisonniers politiques » (les historiens parlent de « déportés résistants ») ; Romani Rose, Président du Conseil central des Sinti et des Roms allemands, pour les Tsiganes2.

Pour la première fois, un président de la République française était présent sur les lieux. Jacques Chirac y a inauguré le lieu du souvenir de la Judenrampe, là où les Juifs descendaient du train, avant la prolongation de la voie ferrée à l'intérieur du camp de Birkenau au moment de l'arrivée des Hongrois. Et il a inauguré la nouvelle exposition française dans le bloc 20 d'Auschwitz 1. Alors que l'exposition de 1979 concernait « la lutte et le martyre du peuple français 1939-1945 », cette nouvelle exposition a pour thème « les déportés de France à Auschwitz. 1942-1945 ». Ces deux intitulés résument bien la modification des perspectives historique et mémorielle.

Les commémorations sont des moments privilégiés, non en ce qu'elles renseignent sur l'histoire (ce n'est pas leur but) mais en ce qu'elle manifestent fortement dans l'espace public la façon dont le passé est perçu et les usages de ce passé.

Les camps d'Auschwitz-Birkenau présentent une réalité historique complexe. Auschwitz fut d'abord un camp de concentration d'internement des Polonais. Au printemps 1942, Birkenau fut choisi pour être le lieu de la « solution finale de la question juive en Europe ». Dès lors des norias de trains y amenèrent des Juifs de toute l'Europe : Paris, Salonique, Amsterdam. Au printemps 1944, c'est l'arrivée en une véritable marée de centaines de milliers de Juifs hongrois. Des Tsiganes, amenés et internés en famille, y furent aussi assassinés, hommes, femmes et enfants.


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à lire

Auschwitz, soixante ans après. Annette Wieviorka, Robert Laffont, 2005.

Contact

Annette Wieviorka
Unité « Identités, relations internationales et civilisations de l'Europe » (IRICE)
CNRS-Universités Paris 1 et 4
Tél. : +33 (0)1 40 46 27 90
Mél : annette.wieviorka@wanadoo.fr

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