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Attention article publié avant décembre 2005

La conversion ou choisir son identité religieuse

La période contemporaine, marquée dans les sociétés occidentales par l'affaissement du rôle social des institutions religieuses, est caractérisée par une remarquable poussée des conversions. Analyse de Danièle Hervieu-Léger, membre du Centre d'études interdisciplinaires des faits religieux (CEIFR) et présidente de l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS).

elt_convertionPour prendre la mesure exacte du phénomène, il ne faut pas considérer seulement ceux qui changent de religion ou ceux qui, n'ayant été socialisés dans aucune tradition, entrent dans une famille religieuse qu'ils décident de considérer comme la leur. Il faut y ajouter tous ceux qui, inscrits dans une de ces familles dès leur naissance, décident, devenus adultes, d'endosser volontairement une identité religieuse demeurée jusque-là purement nominale.

En France aujourd'hui, les conversions sont nombreuses et le mouvement ne se résume pas - même si cet aspect attire particulièrement l'attention des médias - à l'attraction des jeunes issus de l'immigration pour l'islam. Il concerne tout autant le judaïsme, le catholicisme (avec une augmentation annuelle du nombre des catéchumènes de 12 à 13 % depuis 1993), le bouddhisme, ou encore la mouvance multiforme des Nouveaux mouvements religieux inspirés par la spiritualité orientale, la tradition ésotérique ou l'écologisme radical. Fait nouveau : il n'est pas rare que les étapes successives d'une quête spirituelle longue et complexe conduisent des individus, à la recherche de la famille spirituelle capable de répondre le mieux à leur demande de sens, à se convertir plusieurs fois au cours de leur vie. Ces trajectoires contournées éclairent bien la signification culturelle des conversions contemporaines. Dans un monde sécularisé, où les croyances et pratiques prescrites par les institutions religieuses sont en plus délaissées, les phénomènes de conversion donnent à voir la circulation de croyants flottants, en quête d'une identité religieuse qu'ils ne trouvent plus donnée toute faite à leur naissance, et dont ils doivent de plus en plus souvent se doter eux-mêmes, en fabriquant, à partir des ressources et des expériences qui leur sont propres, leur petit récit croyant personnel.
 
À ce titre, et au-delà de l'identification empirique des faits de conversion proprement dits, la figure typique du converti constitue un outil particulièrement efficace pour la description sociologique de la religion des sociétés ultra-modernes. Le converti est en effet, par excellence, celui qui décide lui-même de sa croyance et de son appartenance religieuse. Dans une société gouvernée par l'impératif individuel d'être soi, il manifeste et accomplit ce postulat fondamental de la modernité religieuse selon lequel une identité religieuse « authentique » ne peut être qu'une identité choisie. L'acte de la conversion cristallise la valeur reconnue à l'engagement personnel de l'individu qui témoigne ainsi  de son autonomie de sujet croyant. Dans la mesure où elle engage en même temps une réorganisation globale de la vie de l'intéressé selon des normes nouvelles et son incorporation à une communauté, la conversion religieuse constitue une modalité remarquablement efficace de la construction de soi dans un univers où s'impose la fluidité des identités plurielles, où les dispositifs du sens flottent et où aucun principe central n'organise plus l'expérience individuelle et sociale.


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à lire

Le pèlerin et le converti. La religion en mouvement. Danièle Hervieu-Léger, Flammarion, 1999 (Coll. Champs, 2001).

Contact

Danièle Hervieu-Léger
Centre d'études interdisciplinaires des faits religieux (CEIFR)
CNRS-EHESS
Mél :
Daniele.Hervieu-Leger@ehess.fr

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CEIFR

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