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Attention article publié avant décembre 2005

Francis de Pressensé : le père méconnu de l'article 4

Injustement reclus dans les oubliettes de l'Histoire, « Francis de Pressensé est un personnage aussi attachant qu'important » qui, à l'instar d'un Briand, d'un Clemenceau et d'un Jaurès, « a incarné une France farouchement anticléricale avant de jouer un rôle de (ré)conciliateur en 1905 », dit Jean Baubérot.

Né en 1853 et issu de la grande bourgeoisie protestante, ce petit-fils de banquier et fils de pasteur est sur le point de se convertir au catholicisme quand éclate l'affaire Dreyfus. Très déçu par l'attitude de l'Église, il prend fait et cause pour le capitaine bafoué et ne se contente pas de le défendre par la plume. « De Pressensé, contrairement à d'autres intellectuels, est véritablement 'allé au peuple', commente Jean Baubérot. Il a participé à des réunions organisées par les anarchistes et les socialistes révolutionnaires, une 'trahison de classe' qui lui a valu d'être agressé physiquement (il manquera de perdre la vue) et calomnié (sa démarche hésitante faisait dire à ses ennemis qu'il buvait alors qu'il souffrait de la goutte et éprouvait des difficultés à se déplacer) ».

Devenu violemment anticlérical (une réaction d'amoureux déçu...), il élabore en 1903 un projet de séparation hostile à l'Église catholique, projet que signent 56 députés, parmi lesquels Jaurès et Briand. Un article, notamment, prévoit que les Églises seront louées aux curés à un prix substantiel le temps de la messe et pourront servir de lieu de réunion aux libres-penseurs. Un autre stipule qu'aucun évêque français ne devra dépendre d'un évêque étranger. Or, le Pape est l'évêque de Rome…

Comment expliquer que le même homme, quelques mois plus tard, ait complètement revu sa copie ? Explication de Jean Baubérot : « De Pressensé a compris, avec d'autres socialistes, que pour affronter et régler la question sociale, il fallait commencer par faire la paix sur le plan religieux. En 1905, c'est lui, en s'inspirant des traités de séparation des États américains, qui va trouver la formule la plus libérale de la loi de séparation », le fameux article 4. Lequel prévoit de transférer, un an après le vote de la loi, les bâtiments, dont les « établissements publics du culte », aux « associations » qui se « [conformeront] aux règles générales du culte dont elles se proposent d'assurer l'exercice ».

Traduction : les édifices religieux catholiques seront attribués aux seuls prêtres et communautés en communion avec l'évêque du lieu et avec Rome, c'est-à-dire l'exact inverse du projet de 1903 où « De Pressensé entendait détacher les évêques du Pape, dit Jean Baubérot. Cet article offrait la garantie, à l'Église catholique, que l'État n'allait pas confier les églises à des schismatiques. De Pressensé a insufflé une dose de différentialisme anglo-saxon dans l'universalisme abstrait républicain, ce qui a rassuré de nombreux catholiques, malgré les rebuffades outragées du Pape ». Francis de Pressensé mourra en 1914.


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à lire

Francis de Pressensé et la défense des droits de l'Homme, un intellectuel au combat. Rémi Fabre, Presses Universitaires de Rennes, 2004.

Contact

Jean Baubérot
Groupe de sociologie des religions et de la laïcité (GSRL)
CNRS-EPHE
Mél : jeanbauberot@hotmail.com

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