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Attention article publié avant décembre 2005

Astrologie et pouvoir : un tandem gagnant ?

« Dites-moi comment je vais et comment va la France ? » : c'est par cette question rituelle que François Mitterrand aurait accueilli son astrologue lors de ses consultations régulières à l'Élysée. Ronald Reagan, Catherine de Médicis, Richard Nixon, Hassan II… nombreux sont les chefs d'État qui, un jour ou l'autre, ont fait appel aux « lumières » d'un astrologue. Philippe Zarka, astronome au Laboratoire d'études spatiales et d'instrumentation en astrophysique (LESIA), observe l'engouement des figures politiques pour l'astrologie.

Des enquêtes socio-psychologiques1 ont révélé que 30 à 40 % des Français accordaient du crédit à l'astrologie. La tentation pragmatique d'user de ce levier en politique est forte, et elle peut inciter le politique à consulter l'astrologue « parce que ses administrés y croient » !

Plusieurs motivations du politique sont envisageables :
une foi réelle en la validité de la démarche astrologique : l'astrologie propose une grille de lecture symbolique destinée à aider à se situer dans la réalité complexe qui nous entoure.
la recherche d'un regard extérieur au moment de la prise de décisions : ce cheminement n'est pas différent de celui de l'homme de la rue qui voit en l'astrologie un hasard déguisé ou une « béquille » psychologique.
le désir de sonder les aspirations de ses concitoyens pour les satisfaire au mieux voire les manipuler : l'astrologie remplace ou complète avantageusement le rôle d'allié tenu par la religion jusqu'en 1905. Bien qu'elle ne relève nullement de la religion (aucun dogme révélé ne la sous-tend), l'astrologie répond à un « inéluctable besoin de croire ». Elle favorise par ailleurs la soumission à l'autorité établie.

Pour les astrologues, les intérêts potentiels sont multiples :
la proximité du pouvoir, le rôle influent d'une éminence grise : l'astrologue peut justifier ses positions par les configurations astrales. La diversité des écoles et des interprétations divergentes ne constitue plus une menace sérieuse pour la crédibilité de l'astrologue, dont les pronostics prudents (flous) singent la réserve du discours scientifique.
un espoir de prise en compte de leur revendication, sincère ou calculée, d'une reconnaissance académique : celle-ci assoirait la pratique des astrologues, conforterait l'adhésion du public, et ouvrirait la porte aux financements publics et aux postes de « chercheur en astrologie ».
la liberté d'exploitation commerciale : l'astrologie était répréhensible en vertu de la loi du code pénal de 1832… abrogée en 1994. Cette utilisation commerciale débridée profite aux astrologues et à l'État (de l'ordre d'un milliard d'euros d'impôts par an, auxquels s'ajoutent les recettes de l'exploitation directe par la Française des Jeux de loteries du type Astro-Loto).

L'astrologie et le pouvoir apparaissent donc former un tandem gagnant, dont le succès révèle certains malaises de notre société et son appréhension de l'avenir.


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à lire

L'astrologie. Daniel Kunth et Philippe Zarka, Coll. Que sais-je ?, PUF, 2005.

Contact

Philippe Zarka
Laboratoire d'études spatiales et d'instrumentation en astrophysique (LESIA)
CNRS- Observatoire de Paris-Universités Paris 6 et 7
Tél. : +33 (0)1 45 07 76 63
Mél : philippe.zarka@obspm.fr

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