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Derrière les portiques des quais du Havre, le pont de Normandie au cœur de la Métropole de l'estuaire.
© Photo Alain Baudry
Les marchés s'émancipent en effet du cadre de l'État-nation pour acquérir, au niveau européen, des dimensions transnationales. Il n'y a plus de ports gérant des trafics nationaux captifs. Des places portuaires entretiennent donc entre elles des relations de concurrence visant, tout au contraire, à capter, séduire, les flux globaux. On passe du transport au commerce. Par ailleurs, il ne s'agit plus seulement d'échanges matériels de biens puisque ce sont à présent les services aux marchandises qui génèrent l'essentiel des plus-values dans la mondialisation. L'échange comprend donc aussi de nombreuses données immatérielles qui s'articulent aux produits pour faire de la circulation de ces derniers une phase essentielle de plus-values.
Ce sont ainsi des compétences multiples et complexes qui doivent être fournies par les villes portuaires qui redeviennent des lieux majeurs du commerce tels que les avait analysés l'historien Fernand Braudel jusqu'à la phase industrielle. Caractéristiques des systèmes productifs locaux, les plus actives sont gérées par leur cité qui sait coordonner ses diverses communautés entrepreneuriales pour élaborer des stratégies de place sur tels trafics et telles relations générant valeurs ajoutées et emplois.
Pour être largement restés à un stade étatique et industriel d'organisation, les ports français perdent quant à eux régulièrement des parts de marché. Peu de réformes sont en effet venues remettre en cause des ports « autonomes » de leur ville et dirigés par des ingénieurs d'État spécialisés en transport.
Une mutation est d'autant plus nécessaire que, dès à présent, de nombreuses villes portuaires d'une même région coopèrent ensemble pour former en Europe des pôles portuaires (continentaux et mondiaux). Les villes portuaires sont des acteurs essentiels de beaucoup des reterritorialisations en cours, du local au global, pour toute nation qui entend jouer un rôle dans la mondialisation.
Thierry Baudouin
Chargé de recherche au CNRS
Laboratoire « Théorie des mutations urbaines », CNRS
Mél : baudouin@msh-paris.fr