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Attention article publié avant décembre 2005

Questions d'éthique et spiritualité

L'extension de la brevetabilité aux gènes ou aux cellules d'origine humaine, et aux animaux transgéniques ou produits par clonage, a provoqué une inflation des controverses d'ordre éthique. Maurice Cassier, sociologue au Centre de recherche médecine, sciences, santé et société (CERMES) est interrogé sur la « marchandisation » du vivant et sur le pouvoir de décision des institutions religieuses.

Quelles sont les principales questions éthiques soulevées ?
Maurice Cassier. Il y a par exemple la question du consentement à breveter1. Faut-il que les personnes qui fournissent des échantillons d'ADN à des chercheurs signent un consentement explicite sur l'éventuel dépôt de brevet ? Et la personne à l'origine du don doit-elle être associée aux revenus du brevet, au nom du partage des bénéfices ? Ou doit-on considérer qu'en raison du statut non patrimonial du corps humain, les gènes n'appartiennent pas aux personnes mais ont un statut de bien commun, indisponible et inaliénable par quiconque ?

Pourquoi les brevets sur les gènes et le vivant sont-ils autant sur la sellette ?
M. C.
 Tout d'abord au nom du principe de non-commercialisation du corps humain2 mais aussi du libre accès à la connaissance sur le génome et du partage des connaissances entre pays du nord et pays du sud. Autrement dit, au nom d'une éthique du partage de la science et d'une solidarité entre les populations.
Ensuite, au nom d'une éthique de l'égalité d'accès à des biens jugés essentiels car ces brevets instaurent des monopoles qui contrarient l'accès aux ressources génétiques, aux plantes cultivées ou encore aux médicaments.
Enfin, les brevets sur le vivant ont été mis en cause au nom d'un refus de l'assimilation des organismes vivants à des choses appropriables3. Sur ce statut d'exception du vivant, humain et non humain, les associations écologistes comme Greenpeace rejoignent des organisations religieuses, par exemple les Églises protestante et catholique en Allemagne.

Justement, sur quels points les organisations religieuses contestent-elles le plus farouchement ces brevets ?
M. C. Elles s'opposent fermement à toute appropriation du génome humain et du vivant qu'elles considèrent comme un bien commun de l'humanité. La Conférence des Églises européennes en juin 2000 considérait que le monde et l'humanité en particulier sont création et créature d'un Dieu « qui confie à l'humanité la gérance de son œuvre, sans pour autant la lui abandonner »4. Par ailleurs, les Églises européennes réaffirmaient le statut de bien commun de la connaissance qui devait être partagée, compte tenu des graves problèmes de justice sociale et d'équité au niveau mondial. Ces positions sont très proches de celles exprimées par l'UNESCO dans sa Déclaration sur le génome humain de 1997.


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Contact

Maurice Cassier
Centre de recherche médecine, sciences, santé et société (CERMES)
CNRS-EHESS-INSERM-Université Paris 11
Tél. : +33 (0)1 49 58 36 88
Mél : cassier@vjf.cnrs.fr

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