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Attention article publié avant décembre 2005

Une école, des religions : l'Europe plurielle face à ses choix

La séparation des Églises et de l'école a précédé en France celle des Églises et de l'État. Depuis, le regard de l'État sur « la religion et l'école » a bougé1. Cette évolution est-elle la même dans toute l'Europe ? L'analyse de Jean-Paul Willaime, directeur du Groupe de sociologie des religions et de la laïcité (GSRL).

elt_école_religion_01Éducation nationale publique et religion
Les relations écoles-religions dépendent de la façon dont chaque pays définit les objectifs et les contenus d'une éducation scolaire nationale ; elle est donc liée à la conception d'une identité nationale.  Ce qui renvoie aux relations Églises-État d'un pays et à la dimension religieuse éventuelle de cette identité.

L'Italie où le catholicisme est « un patrimoine historique », la monarchie britannique et ses liens avec la Church of England, le Danemark et son Église nationale luthérienne, la Belgique pluraliste où l'humanisme laïque côtoie les cultes reconnus, la Grèce dont l'identité nationale est très liée à l'orthodoxie, l'Allemagne et sa biconfessionnalité catholico-protestante… peu de pays en Europe déclinent leur identité nationale de façon purement laïque. D'où l'organisation dans la majorité des écoles publiques de cours de religions, confessionnels dans leur statut, souvent moins dans leur mise en œuvre. Dans nombre de pays (Royaume-Uni, Allemagne…), éducation religieuse et épanouissement spirituel des élèves sont inclus dans les objectifs même de l'éducation publique. Ce qui n'empêche pas ces pays d'être confrontés, comme en France, à la sécularisation et à la « pluralisation » religieuse  des populations.

Traitement scolaire du fait religieux
Les cours de religion dispensés dans les écoles publiques en Europe tendent à évoluer vers des cours d'histoire des religions ou de cultures religieuses. Ceci en raison de l'insertion croissante de ces cours dans les objectifs éducatifs de l'école, du caractère incontournable de la « pluralisation »  religieuse et philosophique des populations scolaires, enfin de l'européanisation elle-même. Ainsi, en Grande-Bretagne se développe une multifaith religious education bien que la loi de 1988 indique que l'éducation religieuse doit être principalement de caractère chrétien ; en Allemagne, des expériences cherchent à dépasser le Religionsunterricht confessionnel traditionnel pour un Religionsunterricht für alle (enseignement religieux pour tous) qui sensibiliserait les élèves à la diversité religieuse et philosophique et leur permettrait de se situer dans des sociétés pluralistes. En Europe, à partir de configurations différentes, des convergences se font jour auxquelles participent les initiatives françaises en faveur d'un enseignement laïque des religions.
     
Expressions religieuses des élèves à l'école : le cas du « foulard »
La France est le seul pays d'Europe à avoir légiféré pour interdire la manifestation ostensible d'une appartenance religieuse des élèves, en particulier le port du « voile islamique, quel que soit le nom qu'on lui donne, [de] la kippa ou [d']une croix de dimension manifestement excessive » (Circulaire du 18 mai 2004 relative à la mise en œuvre de la loi du 15 mars 2004). Alors qu'en France le débat public a porté sur le port, par quelques jeunes filles, d'un « foulard » qualifié de « musulman », en Allemagne, il a porté sur le port de ce foulard, non par des élèves, mais par des enseignantes. En Grande-Bretagne, il a davantage porté sur le financement public d'écoles musulmanes (le souci pour le port du foulard par des élèves étant qu'il soit de la couleur de l'uniforme scolaire concerné). D'un pays à l'autre, la résonance sociale et le traitement public d'une même question, l'intégration au sein de l'école publique d'élèves de tradition musulmane, diffèrent, aussi bien quant à la prise en compte de la diversité culturelle des élèves que dans les modes de traitement des dimensions religieuses dans l'espace scolaire.
     
Face à des questions qui suscitent souvent des approches passionnelles, l'analyse comparative permet une certaine objectivation, révélant notamment combien se trouve engagée ici la façon dont se définissent les identités nationales. Partout en Europe, l'école publique est bien confrontée à la nécessité de redéfinir son profil par rapport à la pluralisation culturelle comme à l'individualisation des comportements.


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Sommaire

à lire

Jean-Paul Willaime, Europe et religions. Les enjeux du XXIe siècle, Paris, Fayard, 2004 (chap. III : « École et religions en Europe »).

Contact

Jean-Paul Willaime
Groupe de sociologie des religions et de la laïcité
(GSRL)
CNRS-EPHE
Tél. : +33 (0)1 40 25 10 94
Mél : willaime@iresco.fr

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