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Derrière les portiques des quais du Havre, le pont de Normandie au cœur de la Métropole de l'estuaire.
© Photo Alain Baudry
Dans la lignée du modèle dominant de waterfront promu aux Etats-Unis dès les années 1960, Londres, Barcelone ou Gênes ont élaboré des stratégies de recomposition urbaine centrant les friches sur les loisirs en remplacement des activités industrielles disparues, reproduisant partout musées, aquariums ou vieux gréements dans une même vision standardisée de la culture maritime : c'est le waterfront après le port, sans rapport avec la spécificité de la ville portuaire, c'est un projet urbain coupé de l'économique.
A l'inverse, les places d'Europe du Nord se centrent sur des problématiques de développement de l'ensemble de la ville, jouent d'abord sur l'intégration économique et urbaine et affirment leurs spécificités de villes. Anvers, Hambourg ou Rotterdam ont des stratégies de renforcement des qualifications de la ville : la liaison des activités modernes immatérielles de la ville avec les activités matérielles et commerçantes du port passe par un rapport renforcé entre ville et port. Patrimoine et culture portuaires sont ainsi considérés comme des facteurs de production participant au positionnement de la place. L'urbain et l'économique vont de pair, dans une tension permanente, mais dans l'affirmation d'une communauté territoriale.
La France est en retard sur la redéfinition de ces espaces centraux en déshérence. Après l'urbanisme d'Etat des Trente Glorieuses, l'ère du « projet urbain » n'a pas modifié la logique fonctionnelle de séparation entre l'urbain et l'économique : la production de l'urbain est sans vision stratégique, la coupure entre ville et port reste instituée. Nombre de villes françaises restent sur une recomposition urbaine interne tandis que d'autres en Europe affirment des stratégies spécifiques en fonction de l'inscription qu'elles recherchent dans la mondialisation.
Thierry Baudouin, Michèle Collin & Claude Prelorenzo (eds), « Urbanité des cités portuaires », L'Harmattan, Paris, 1997.
Michèle Collin
Chargée de recherche au CNRS
Laboratoire « Théorie des mutations urbaines », CNRS
Mél : collin@msh-paris.fr