Moteur de recherche

 

Espace presseThema

Attention article publié avant décembre 2005

L'islam en mutation

L'islam de nos parents n'est plus le même aujourd'hui. Michel Reeber, sociologue au Centre de recherche « Politique, religion, institutions et sociétés : Mutations européennes » (PRISME), décrypte les mutations en cours de cette religion.

elt_islam_01Michel Reeber est sociologue « de terrain », comme il aime à se qualifier. Docteur en sciences religieuses, formé à l'histoire des religions, spécialiste des langues arabes et de la civilisation arabo-musulmane, il étudie l'islam au plus près de la réalité.

Notamment, il s'intéresse aux mutations intervenant dans le champ islamique. Voyageant à travers la France, le Maroc, l'Égypte, le Liban, l'Allemagne, la Belgique, la Grande-Bretagne, il a observé les transformations qui se produisent dans les prédications. « Cela suppose de bien connaître la théologie ainsi que le déroulement des rituels lors du prêche islamique du vendredi », souligne-t-il. De mosquées en mosquées, le sociologue a ainsi pu échanger avec les imams prédicateurs. Il a analysé de nombreux sermonnaires, qui sont des recueils de sermons « prêts à prêcher ». Pour être au plus près du sujet qu'il étudie et éviter les clichés, il a comparé l'évolution de la terminologie employée dans les sermons, ainsi que dans les journaux en langue arabe.

« Il y plusieurs moyens de décrire l'islam. Soit on ressort les mêmes discours d'il y a 40 ans, soit on accepte de voir les changements ». Pour le sociologue, la chronologie de l'évolution des prédications est facile à établir. « Les prêches étaient très orientés politiquement au cours des années 1975-1990. Depuis la guerre du Golfe, la thématique est plus moralisante. Et il n'est pas rare de voir des imams aborder des thèmes spirituels. Il faut savoir que le contenu des prêches tenus dans les mosquées est étroitement contrôlé par les Renseignements généraux. Les discours les plus militants, les plus engagés se tiennent dorénavant lors de colloques ou de séminaires ponctuels, organisés au cours de week-ends, dans des lieux très discrets ».

En France, l'enseignement du Coran ne passe plus forcément par la langue arabe. Un phénomène qui inquiète les associations islamiques. « Les étudiants peuvent apprendre le Coran par cœur, connaître la conjugaison, mais ils ne parviennent pas à accéder à une bonne connaissance du lexique religieux coranique ». Pourtant dans la prédication islamique, l'usage de la langue arabe compte énormément. Elle devient une mélopée, « où l'intonation, le débit du prédicateur sont importants ». Malheureusement, les jeunes comprennent de moins en moins le sens des paroles. « On assiste ainsi à tout un processus de traduction vers le français, accompagné d'approximations. Ce recours au français est moins fort dans la population turque, note Michel Reeber, où la langue turque est toujours couramment utilisée ».

Autre aspect de l'islam que le sociologue a analysé : l'appartenance et la référence à l'islam dans les quartiers. Contrairement à ce qu'on entend souvent, les jeunes appartenant à des mouvements religieux, comme les salafistes, ne se couperaient pas pour autant des autres réseaux de jeunes. « Forte identité religieuse ne signifie pas séparation. Qu'il s'agisse des filles ou des garçons, ils sont capables de se faire leur propre opinion sur l'islam, ils sont responsables. Ils refusent de plus en plus le 'prêt-à-penser' en matière religieuse ».


Haut de page

Sommaire

à lire

Petite sociologie de l'islam. Michel Reeber, Éditions Milan, 2005.

Contact

Michel Reeber
Centre de recherche « Politique, religion, institutions et sociétés : Mutations européennes » (PRISME)
CNRS-Université Strasbourg 3
Mél : michel.reeber@wanadoo.fr

Consulter le site web
PRISME

Retour à l'accueilContactcreditsCom'PratiqueAccessibilité : aide