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Attention article publié avant décembre 2005

L'étrange destin des amulettes sénégalaises

Récupérés à la décharge à ordure de Dakar depuis le milieu des années 1980 et entreposés 43, rue Buffon, à Paris, les milliers d'amulettes et objets magiques de la collection ALEP constituent une base de données de poids - et de choix - pour étudier le rôle-clé des « objets talismaniques » dans la culture africaine sub-saharienne. « Ces pièces, pour la plupart en excellent état de conservation, explique Alain Epelboin, se répartissent grossièrement en trois familles :

des objets de tradition africaine sans écriture apparente ou dissimulée, à base d'artéfacts animaux (cornes, morceaux de cuir, têtes, os de moutons, d'oiseaux…), végétaux (bois, feuilles, racines…), minéraux (pierres, sables, terres…) ou manufacturés (tissus, cordes, miroirs…) ;
des objets de tradition islamo-africaine combinant écritures islamiques apparentes (sur papier, tissu, cuir…) ou dissimulées par un gainage et des artéfacts animaux, végétaux, minéraux ou manufacturés ;
des objets de tradition islamique à base d'écritures apparentes sur des tissus (industriel ou artisanal) ou sur des papiers vierges de dimension variables, pliés et dissimulés dans un gainage de cuir et/ou de tissu.

Mais à quoi servaient-ils avant d'être mis au rebut ? « Toute amulette, commente Alain Apelboin, une fois qu'elle a échappé au contrôle de son fabricant, prend vie, se charge de sens, de pouvoirs autonomes au gré des événements dont elle devient l'actrice. C'est alors un 'objet transitionnel fort', chargé d'une mémoire de terroirs, d'événements, de 'personnes' humaines et non-humaines, d'émotions ». Associé à des réussites, « le talisman devient un complément indispensable de la personne, qui le porte quotidiennement ou lors d'occasions spécifiques, qui le dispose soigneusement en des points conventionnels de l'espace domestique (seuil, chambre, lit…). Avec le temps, la mémoire de l'indication première peut s'estomper et être remplacée par d'autres indications, au gré du télescopage des événements et des émotions que son propriétaires a vécus ».

Conclusion : « Les objets talismaniques, qui relèvent d'un syncrétisme 'négro-africain' large faisant éclater les cadres ethniques, constituent un métalangage non-verbal transculturel. Autrement dit, une sémiotique du non-visible reconnue ou 'activable' non seulement en Afrique, mais aussi dans d'autres continents, exprimant les pouvoirs, les désirs et les craintes de leur propriétaire ». Mais comment se fait-il qu'un nombre faramineux de talismans si précieux finissent leur carrière au milieu des immondices, comme à Dakar ? « Différentes logiques permettent de l'expliquer, commente Alain Epelboin : l'oubli ou la perte pure et simple, la désaffection (quand une amulette se révèle incapable de maîtriser une séquence de malheur frappant un individu ou une collectivité), l'évolution des croyances, la détérioration ou la corruption du talisman, l'hostilité de l'environnement familial et du corps social, des indications d'un devin-guérisseur, les restructurations et/ou les errances de la personne… ».


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Contact

Alain Epelboin
Équipe « Éco-anthropologie et ethnobiologie »
CNRS-MNHN-Université Paris 7
Tél. : +33 (0)1 40 79 34 29
Mél : epelboin@mnhn.fr

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Équipe « Éco-anthropologie et ethnobiologie »

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