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Attention article publié avant décembre 2005

Bouddha au secours des sciences ?

Sciences et religions n'ont pas pour réputation de faire bon ménage. Qu'en est-il du bouddhisme ? Claire Petitmengin et Michel Bitbol, philosophes des sciences au Centre de recherche en épistémologie appliquée (CREA), se sont penchés sur la question au cours d'un stage d'enseignants du second degré sur « Les sciences et le fait religieux » organisé en 2004 par l'académie de Créteil.

Première interrogation, le bouddhisme est-il vraiment une religion ? Ne s'agit-il pas plutôt d'une philosophie, d'une méthode d'introspection ou encore d'une façon d'être ? Les deux chercheurs le définissent comme une méthode pour se libérer de la souffrance. Pour le bouddhisme, il n'existe pas de dogme, comme dans les religions du Livre. En revanche, Bouddha, au cinquième siècle avant notre ère, a découvert et enseigné quatre vérités existentielles, appelées « les quatre nobles vérités » : la souffrance, l'origine de la souffrance, la cessation de la souffrance et le chemin qui mène à la cessation de la souffrance. Ainsi, l'être humain souffre continuellement car il refuse de tirer les conséquences du fait que tout ce dont dépend sa vie est en devenir. Il dépense son énergie à tenter de cerner le monde, de le catégoriser, de l'arrêter. La troisième vérité signifie qu'il existe une libération possible de la souffrance, une manière d'apprendre à relâcher notre prise, à défaire le monde. Cette libération intervient par le biais d'une discipline du corps, de la parole et de l'esprit, fondée sur des techniques de méditation.

Comment sciences et bouddhisme pourraient-ils se rencontrer alors même qu'ils semblent si éloignés l'un de l'autre ? Ainsi, l'entreprise scientifique est fondée sur le bannissement du point de vue subjectif, à l'opposé du bouddhisme. De plus, le but de la science est de construire une conception du monde, ferme et fondée en raison. Tandis que le bouddhisme vise à se donner les moyens de déconstruire ces mêmes conceptions du monde afin de s'ouvrir à ce qui vient.

Pourtant, dans certains domaines scientifiques, la tradition bouddhiste commence à avoir un impact. Ainsi, en sciences cognitives, alors que l'expérience subjective a longtemps été repoussée, certains chercheurs réalisent qu'on ne peut justement éviter de la prendre en compte. Mais décrire ce qu'on éprouve est un exercice difficile. Et qui mieux que des pratiquants bouddhistes, rompus aux techniques d'exploration de l'expérience intérieure, peuvent aider les chercheurs à définir des méthodes d'investigation ?

Un autre domaine qui pourrait bénéficier d'une coopération avec le bouddhisme est celui de notre compréhension de la physique quantique. Dans cette discipline scientifique, les « paradoxes » semblent nombreux, « traduction d'un conflit entre une conception étroite de la science et une structure théorique qui l'a implicitement rendue caduque ». Pour Claire Petitmengin et Michel Bitbol, le bouddhisme aurait ici un rôle à jouer. « Non pas en assénant une quelconque vérité, mais en assouplissant les certitudes culturelles, en nous rendant plus disponibles à des lignes de pensées inédites ».


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à lire

Physique et philosophie de l'esprit. Michel Bitbol, Flammarion, 2000.

Contact

Michel Bitbol
Centre de recherche en épistémologie appliquée (CREA)
CNRS-École polytechnique
Tél. : +33 (0)1 55 55 86 17
Mél : bitbol@poly.polytechnique.fr

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