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Attention article publié avant décembre 2005

Foi et science : l'impossible équation ?

Directeur de l'Institut Cochin et membre du Conseil consultatif national d'éthique, le généticien Axel Kahn réfléchit sur les questions morales et philosophiques liées à la science. Entretien et témoignage.

Quelle place y a-t-il selon vous pour la religion dans la France démocratique et laïque ?
Axel Kahn.
Je ne vois aucune antinomie entre la laïcité et la croyance. La définition de la laïcité garantit une indépendance totale entre l'État et les croyances. Mais la laïcité garantit aussi un respect strict de la sphère individuelle. À ce titre, il faut opposer le mouvement de la laïcité à l'anticléricalisme, même si après la loi de 1905, il y eut un combat frontal entre les hommes de progrès et l'Église, puisque l'Église s'opposait purement et simplement à la laïcité.

Un scientifique peut-il avoir une croyance, une foi ?
A. K.
Il n'y a nulle contradiction entre science et foi, à certaines conditions. D'abord, sa croyance scientifique ne doit en aucun cas toucher ni de près ni de loin l'objet de sa recherche. Il n'a pas à croire en un résultat : il doit apporter la preuve de ce résultat. Il ne peut donc pas y avoir confusion entre la foi et le domaine d'activité. Lorsqu'en décembre 2002 des journalistes m'ont demandé si je « croyais » au bébé cloné annoncé par les raéliens, je leur ai dit qu'ils ne pouvaient pas me demander si j'y « croyais ». Outre le fait que ces gens estiment que les humains ont une origine extraterrestre, je devais pouvoir me prononcer à partir de preuves ou de l'absence de preuve. Le cardinal Barbieri, qui fut l'un des soutiens de Galilée, a dit que l'Église devait dire comment aller au ciel et non pas comment le ciel était fait.

Si un scientifique a la foi, peu importe laquelle, doit-il l'annoncer publiquement ?
A. K.
En prenant en compte le fait qu'il ne doit pas y avoir de lien entre sa recherche et sa foi, il est exigible que les interprétations faites par le scientifique de son résultat ne soient pas influencées par sa croyance. Et s'il a un doute, il est certainement plus sain que le scientifique annonce la couleur. L'objectivité totale n'existe pas. Il faut donc faire la part entre les résultats rationnels et les interprétations. Sachant que les interprétations en disent généralement beaucoup sur l'« interprétateur ».

En tant que généticien, vous étudiez l'infiniment petit. Croyez-vous en quelque chose ?
A. K.
Je suis un agnostique. Je ne crois quasiment en rien. Ma caractéristique actuelle est d'ailleurs de me positionner constamment, dans ma vie, par rapport à cette non croyance. Ma vie est compliquée car je m'oblige à expliciter ce que j'avance. C'est très inconfortable. Ma seule croyance, c'est que je ne crois pas [rires].

Il n'y a donc rien de « magique » dans la génétique ?
A. K.
La génétique, pour moi, est aussi éloignée que possible de la magie. Mais cela ne me ramène pas pour autant au réductivisme. Je peux admettre la complexité. La connaissance d'un ensemble complexe est souvent irréductible à celle de ses constituants. Je suis un agnostique réaliste non réductionniste.


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