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Attention article publié avant décembre 2005

George W. Bush entre pouvoir et religion

Sébastien Fath est historien et chercheur au Groupe de sociologie des religions et de la laïcité (GSRL). Il trace le portrait des évangéliques américains.

Comment se manifeste la laïcité « à l'américaine » ?
Sébastien Fath.
Contrairement à un mythe répandu, la séparation des Églises et de l'État est beaucoup plus ancienne mais aussi plus radicale aux États-Unis qu'en France. Le dollar du contribuable américain ne saurait financer directement une école religieuse, alors que ce cas de figure est courant en France. Cependant, la radicalité même de la séparation américaine a paradoxalement permis aux Églises une plus grande intervention dans l'espace public. Pourquoi ? Tout simplement parce qu'en affirmant, dès l'origine, le refus d'identifier le pouvoir politique avec une Église particulière, on rendait sans objet l'éternel soupçon impérialiste qui, en France, a entaché les prétentions politiques catholiques. De fait, les Églises ont les coudées franches pour intervenir dans l'arène publique, et ne s'en privent guère.

Pouvez-vous brosser le portrait des chrétiens aux États-Unis ?
S. F.
Le marché chrétien américain fait recette. Le Christian music entertainment rapporterait plus de 600 millions de dollars de chiffre d'affaire annuel. Mais l'allusion au marché ne se limite pas à une dimension mercantile. Elle renvoie aussi à un espace de compétition symbolique entre différentes offres de sens. Les biens de saluts, les doctrines, les croyances, les rites, circulent sans autre limite que celle du goût des consommateurs. Les protestants restent dominants (175 millions, soit 60 % de la population totale), mais les catholiques sont en progression (un large cinquième de la population). On compte aussi 6 millions de juifs, presque autant de musulmans, 5 millions de mormons, et des milliers de mouvements qui forment un kaléidoscope déroutant. Le dynamisme religieux états-unien se traduit aussi par une pratique régulière qui caractériserait encore 40 % d'Américains (44 % dans le Sud) à l'entrée des années 2000.

Quelles sont les particularités des évangéliques ?
S. F.
Les protestants évangéliques représentent environ 25 % de la population américaine. Ils se distinguent par leur accent sur la « nouvelle naissance », le biblicisme et un militantisme organisé, au travers d'Églises fondées sur le principe de l'association de convertis. Engagés en faveur des valeurs morales traditionnelles, ils ont réussi à peser directement sur les orientations du Parti républicain depuis l'arrivée au pouvoir de Ronald Reagan. La présidence Bush ne déroge pas à cette tendance. Les protestants évangéliques critiquent certains aspects de la modernité, mais sont imprégnés de culture démocratique. Leur visée n'est pas la théocratie, mais l'influence. C'est dans ce sens qu'il faut comprendre leur engagement politique, qui a connu des hauts (Prohibition) et des bas (milieu du XXe s.). Ce qui s'annonce aujourd'hui, c'est moins une prise en otage de la Maison Blanche par les évangéliques, qu'une orchestration croissante d'une religiosité patriotique par une puissance politique et militaire en quête de légitimité.

Le président Bush est-il plus religieux que ses 42 prédécesseurs ?
S. F.
Il est moins idéaliste que Wilson, moins pratiquant que Carter, moins accompagné spirituellement que Clinton. En revanche, il est sans doute le président qui a le plus travaillé son image de piété dans les médias, à des fins électorales. Cela doit nous faire réfléchir : sa priorité, c'est moins Dieu que le pouvoir.


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à lire

Dieu bénisse l'Amérique, la religion de la Maison-Blanche. Sébastien Fath, Seuil, 2003.

Contact

Sébastien Fath
Groupe de sociologie des religions et de la laïcité (GSRL)
CNRS-EPHE
Tél. : +33 (0)1 40 25 10 94
Mél : sebastien@fath.wanadoo.co.uk

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