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Attention article publié avant décembre 2005

Zongjiao, l'artifice chinois

La République populaire de Chine se dit « laïque ». La vérité constitutionnelle est-elle réalité ? Réponse de Vincent Gossaert, spécialiste de l'histoire sociale des religions chinoises au Groupe de sociologie des religions et de la laïcité.

elt_chineZongjiao. En République populaire de Chine, le terme même de « religion » est un néologisme. Emprunté au japonais vers 1900, il reflète l'occidentalisation des projets politiques du début du siècle dernier. Frappant du sceau de la « laïcité » la république qu'ils mettent en place en 1912, les constituants tentent en effet d'en calquer le concept occidental. Sans transition.

Dans une société régie depuis plus de deux millénaires par une même autorité politique et théologique - l'empereur -, et que les rapports religieux structurent complètement, la greffe prend mal. En apparence plus libéral que l'Empire, le régime républicain - et à sa suite le régime communiste - s'avère très restrictif. Si l'Empereur, chef d'État mais aussi autorité suprême en matière religieuse, distinguait l'orthodoxe de l'hétérodoxe, les lois puritaines restaient peu appliquées et un grand nombre de cultes étaient autorisés dans les faits.

En revanche, la « liberté religieuse » que déclare la République semble, aujourd'hui encore, tenir du factice, puisque circonscrite à cinq religions : le bouddhisme, le taoïsme, l'islam, le catholicisme et le protestantisme. Elle prohibe de facto, en tant que superstitions, tous les cultes aux dieux et ancêtres qu'admettait l'Empire.

Contrairement aux idées reçues, la Chine communiste n'impose pas l'athéisme ; et encore moins Taiwan. De nombreux dirigeants voient au contraire dans la foi en une religion reconnue et contrôlée une source de vertu morale et sociétale : la religion comme ciment social.

Les cinq religions « officielles » ne disposent pas pour autant de toute latitude d'action. Les associations religieuses doivent s'organiser sur le modèle occidental d'une Église, avec des fidèles recensés. Ce dont les Chinois ne peuvent se prévaloir, ne se revendiquant traditionnellement d'aucune appartenance confessionnelle - quand bien même ils pratiquent avec ferveur. Les groupes de type sectaire ne manquent pas, eux, d'investir l'espace abandonné par les « religions d'État » ainsi que les cultes qualifiés d'hérétiques.

Dans une certaine mesure, la société continue, au niveau local, à se gérer comme du temps de l'Empire, par l'intermédiaire de communautés de culte. Avec la déconcentration du pouvoir, des disparités géographiques voient certes le jour, mais l'immixtion du politique dans le religieux et du religieux dans le politique demeure prégnante. Le nœud du problème ? L'adoption, par les intellectuels chinois, d'un concept occidental vieux de deux siècles. Celui de religion.


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Contact

Vincent Goossaert
Groupe de sociologie des religions et de la laïcité (GSRL)
CNRS-EPHE
Tél. : +33 (0)1 40 25 10 94
Mél : goossaer@ext.jussieu.fr

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