>
L'accroissement spectaculaire de la mobilité, l'évolution rapide des réseaux de transports et la diffusion des technologies de l'information et de la communication conduisent aujourd'hui à l'émergence de nouvelles formes d'organisation et d'intégration territoriales. Cette dynamique n'intègre cependant pas de la même façon les différentes parties du territoire européen. Au centre des débats sur l'aménagement du territoire, les processus et les formes de l'intégration territoriale sont interrogés en terme d'équité, d'équilibre et de durabilité.
Deux modèles classiques de réseaux urbains
Les formes de l'intégration du territoire européen par les réseaux de villes ont souvent été réduites à deux modèles de représentation classiques : le modèle centre-périphérie et le modèle hiérarchique de mise en réseau des systèmes urbains. L'espace européen est ainsi figuré de façon dichotomique. Dans le premier cas, un centre dominant auquel s'arriment tant bien que mal des périphéries dépendantes ou isolées ; dans le second cas, des pôles majeurs qui satellisent des centres secondaires en mal de visibilité.
Une organisation en réalité plus complexe
Limiter les processus d'intégration à ces deux modèles de structuration, c'est dire que l'intégration est fragile et limitée. Or, on a pu montrer1 que le mode d'organisation du territoire européen par les réseaux de villes est, dans les faits, beaucoup plus diversifié. Deux autres modèles d'intégration viennent compléter les précédents : les réseaux urbains spécialisés et le réseau des villes « capitales ». L'intégration territoriale est sous-tendue par des réseaux urbains spécialisés, définis par une logique de production matérielle ou immatérielle. L'échange y est à base de complémentarité et de coopération, comme dans les réseaux scientifiques, financiers, ou également les réseaux de l'aéronautique. L'intégration est aussi modelée par le réseau des villes « capitales » politiques ou économiques. L'intensification des échanges entre ces villes capitales constitue aujourd'hui le moteur le plus dynamique de l'intégration territoriale à l'échelon de l'ensemble européen.
Affranchies en partie des contraintes de la distance, de la hiérarchie urbaine et des frontières politiques, ces deux formes d'intégration accentuent les inter-relations dans le réseau des villes et sont les vecteurs les plus dynamiques d'une intégration polycentrique du territoire européen.
Dans la perspective d'une intégration territoriale équilibrée et durable de l'Europe, responsables et acteurs politiques doivent comprendre que les leviers de l'action pour aménager et développer les territoires sont de plus en plus les réseaux et de moins en moins les pôles eux-mêmes.
Nadine Cattan
Unité « Géographie-cités »
CNRS-Universités Paris 1 et 7-ENS Lettres
Tél. : 01 40 46 40 04
Mél : nadine.cattan@parisgeo.cnrs.fr
Consulter le site web :
parisgeo