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Attention article publié avant décembre 2005

Le secularism ou la laïcité « à l'indienne »

L'Union indienne se définit, dès sa constitution en 1950, comme une secular Republic. L'Inde est-elle laïque ? L'analyse d'Olivier Herrenschmidt, ethnologue au Laboratoire d'ethnologie et sociologie comparative.

elt_hindouisme« Interdiction de tout signe, marque, nom ou vêtement indiquant une religion ». En avance sur son temps, l'Inde de 1948 ? Si les constituants ne retiennent pas l'amendement, ils n'en frappent pas moins la loi fondamentale du sceau de la laïcité. Ou plutôt du secularism. Bien que le terme ne fasse son apparition dans le texte constitutionnel qu'en 1976, l'Union indienne se définit dès l'origine comme une secular Republic. « Respect égal de toutes les religions », telle est sa marque de fabrique.

Les députés ont alors à l'esprit la construction d'une nation unifiée, où la loyauté des citoyens envers l'État supplanterait l'allégeance traditionnelle à leur community. Les minorités religieuses ne s'en trouvent pas moins protégées. Musulmans, chrétiens, sikhs, bouddhistes, jains se voient notamment accorder le droit de maintenir des écoles confessionnelles subventionnées ou de faire du prosélytisme.

Moyen pour eux de s'affirmer face à la domination politique des hindous. D'ailleurs, la Cour Suprême constate, dès 1974, que le secularism correspond bien plus à un « aider à vivre » qu'à un « laisser vivre ». Il ne s'agit pas d'une laïcité « à la française ». Le concept est à rapprocher de celui posé par le premier amendement de la constitution américaine, lequel garantit le « libre exercice » de toute religion. C'est dans cette mesure qu'il convient de préférer le terme de secularism à celui de laïcité.

Athéisme occidental pour nombre d'intellectuels, instrument de destruction de leur civilisation pour les plus fondamentalistes, la remise en cause de ce principe fondateur de l'Union se radicalise au sein de la communauté hindoue depuis la fin des années 1980. Pour les premiers, la « conduite de vie », et donc le rapport à l'État, ne se comprend pas sans les pratiques religieuses, puisque ce sont elles qui structurent entièrement le corps social. Les seconds y voient un excès de privilèges pour les musulmans et les chrétiens.

De cette contestation, les plus réactionnaires font, contre les musulmans, le fer de lance du projet prévu, dès 1950, par la constitution elle-même (art. 44) d'un uniform civil code. Le droit des personnes obéit en effet encore, dans l'Inde de 2005, aux coutumes et à la tradition écrite des diverses religions. Et notamment, chez les musulmans, à la shari'a. « Créer un État séculier dans une société religieuse », Nehru s'était déjà, en son temps, frotté à ce qui fait toute la complexité de l'Inde.

Les religions en Inde (en 2001)

Hindouisme 80,5 % Islam 13,4 % Christianisme 2,3 %
Sikhisme 1,9 % Bouddhisme 0,8 % Jaïnisme 0,4 %
Autres 0,7 %  Population totale 1 027 015 247 habitants

Source : recensement de 2001 en Inde


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Contact

Olivier Herrenschmidt
Laboratoire d'ethnologie et de sociologie comparative
CNRS-Université Paris 10
Mél : Olivier.herrenschmidt@wanadoo.fr

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Laboratoire d'ethnologie et de sociologie comparative

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