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Attention article publié avant décembre 2005

Croire. En qui ? Pourquoi ?

Aujourd'hui, 42 % des Français se déclarent « sans religion ». Est-ce à dire qu'ils ne croient en rien ? Ou serait-on en train d'assister à une recomposition du « croire » ? Et comment définir le terme de religion dans un paysage croyant en pleine mutation ? Patrick Michel, sociologue et politologue au CNRS, répond à nos questions.

En quoi est-ce si difficile de définir le terme de religion ?
Patrick Michel.
 Il apparaît difficile de trancher entre une définition institutionnelle, réduisant la religion aux confessions existantes, et une définition large, prenant en compte le caractère diffus du religieux dans nos sociétés. Par ailleurs,  sur fond de réalité « éclatée »,  certains pensent que le « désenchantement du monde » se poursuit, que la religion « continue à disparaître », tandis que d'autres croient en un renouveau de la religion et estiment que le monde est plus « furieusement » religieux que jamais.

Aujourd'hui, comment évolue le paysage croyant ?
P. M.
Trois tendances fortes  se conjuguent en matière de recomposition du paysage croyant. Tout d'abord, l'individualisation du mode de croire et surtout la pleine légitimité sociale de celle-ci. Si chacun devient sa propre autorité en matière de validation de ce qu'il croit, alors il n'y a plus de centralité organisatrice de la croyance, ou plutôt il y en a, au moins théoriquement, autant qu'il y a d'individus.

Ceci entraîne une prise de distance vis-à-vis des institutions qui se traduit notamment pour nos contemporains par la dissociation entre sens et norme, le refus donc d'accepter qu'à des questions posées dans le registre du sens soit proposée une réponse de nature normative.

Enfin, il y a une tendance visant à constituer les ressources symboliques en objet de consommation. Ce rapport de consommateur exigeant à l'égard du symbolique fait que les « clients » n'ont aucun remords à changer de « fournisseur ». Le religieux est devenu un espace de confort individuel alors qu'il était, auparavant, le lieu de justification d'une contrainte. Pendant très longtemps, le religieux a légitimé de la violence. Du fait des évolutions évoquées, il n'apparaît plus en état de le faire, de façon crédible, aujourd'hui.

Pourtant, l'image que l'on a de certaines religions ne reste-t-elle pas assez violente ?
P. M.
Si l'on prend l'exemple de l'islam, il constitue aujourd'hui une ressource culturelle permettant l'intégration tranquille de populations d'origine immigrée dans la société française1. Mais, sans même évoquer l'utilisation qui peut être faite, dans le cadre de telle ou telle stratégie politique, du thème de l'islam, le traitement médiatique de ce dernier mettra l'accent sur  l'infime minorité constituée par ceux qui mobilisent l'islam comme une ressource à des fins, pour faire court, de dénonciation de l'Occident. L'image donnée est donc profondément biaisée.


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à lire

L'évêque et le sociologue, entretien avec Michel Cool. Gérard Defois, Patrick Michel, Éditions de l'Atelier, 2004.

Contact

Patrick Michel
Département des sciences de l'homme et de la société du CNRS (SHS)
Tél. : +33 (0)1 44 96 42 81
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Patrick Michel - Centre d'études et de recherches internationales (CERI)

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