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Attention article publié avant décembre 2005

Papier d'Arménie

Voyage en Hayastan

Comment le religieux peut-il marquer les évolutions d'une conscience de la dispersion et participer à la construction d'un lien social au sein d'une diaspora ? Peut-il être un instrument de reconnaissance, de visibilité, voire de revendications au service d'une minorité ethno-culturelle ? Martine Hovanessian, anthropologue à l'Unité de recherches migrations et sociétés (URMIS) travaille sur les identités collectives à travers le phénomène des diasporas dans une perspective comparée.

Martine Hovanessian explique comment, chez les Arméniens, les formes et symboles du religieux contribuent à l'élaboration d'une conscience commune d'appartenance capable de revenir sur les motifs politiques à l'origine de la dispersion.
Dans leur grande majorité affiliés à l'Église apostolique arménienne autocéphale, les Arméniens de France sont, pour l'essentiel, des descendants des rescapés du génocide perpétré dans l'empire Ottoman en 1915.
Immigrant entre les deux guerres, ils se sont installés dans les grands centres urbains : Paris, Lyon et Marseille. Ainsi que dans quelques agglomérations de moindre importance : Valence, Décines, Vienne, Alfortville, Arnouville-lès-Gonesse ou Issy-les-Moulineaux, ville particulièrement étudiée par Martine Hovanessian.
Souvent regroupés par région d'origine, ils ont témoigné de leur présence dans le tissu urbain en marquant leur « territoire » par des monuments (dédiés aux victimes du génocide dont la date commémorative est le 24 avril), des noms de rues (« Place d'Arménie », « Place d'Etchmiadzine », « rue d'Erevan », « Rue du groupe Manouchian ») ou, plus récemment, par l'élaboration de jumelages avec des villes d'Arménie.

Le religieux a joué un rôle majeur dans cette appropriation d'un espace propre permettant d'organiser une gestion rituelle du territoire, logique de la re-fondation en écho au génocide. Non seulement en suscitant, à travers l'Église arménienne, la construction de lieux de cultes et la mise en place d'écoles autour desquels s'élabore la vie communautaire ; ou en s'imposant comme un élément médiateur auprès des autorités locales françaises. Mais aussi, en fournissant aux acteurs politiques arméniens les formes et symboles nécessaires au rappel d'un « légendaire » national et d'une mémoire historique, lesquels passent, explique Martine Hovanessian, « par une interprétation des raisons de cet exil 'hors-norme' ».

De cette restructuration du récit national naîtra, à partir de 1965, une « idéologie diasporique » dont l'un des aspects les plus visibles sera le discours politique en faveur de la reconnaissance internationale du génocide arménien. L'installation, dans plusieurs communes, en guise de monuments aux victimes de cette tragédie, de « khatchkar » (« croix en pierre » issues de l'art religieux traditionnel arménien), ainsi que celle, en 2003 à Paris, d'une statue du révérend père et musicologue Komitas, témoignent de cet aller-retour entre les sphères religieuse et politique. Enfin, depuis l'indépendance de l'Arménie, en 1991, le religieux participe aux recompositions d'un imaginaire national entre un centre (Arménie) et une périphérie (diaspora).


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à lire

Le religieux et la reconnaissance. Formes symboliques et politiques au sein de la diaspora arménienne. Martine Hovanessian. In Annales de la recherche urbaine. N° 96, octobre 2004, p.125-134.

Contact

Martine Hovanessian
Unité de recherche migrations et sociétés (URMIS)
Tél. : +33 (0)1 44 27 56 66
Mél : hovanessian@paris7.jussieu.fr

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