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Attention article publié avant décembre 2005

Vers un millénaire philosémite ?

Les relations judéo-chrétiennes en France

Y a-t-il eu, face aux juifs, des chrétiens différents, capables de s'extraire d'un antijudaïsme pluriséculaire qui a frayé la voie à l'antisémitisme dans l'Allemagne luthérienne ou dans la France catholique ? Certainement, comme le prouve Patrick Cabanel, historien au Laboratoire Framespa-Diasporas à Toulouse.

elt_judéo_chrétienL'enseignement du mépris (1962), l'ouvrage de Jules Isaac sur les relations entre chrétiens et juifs, est paru au moment où tout basculait. Jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, les juifs « perfides », peuple « déicide », étaient restés la cible d'un antijudaïsme chrétien qui leur faisait grief de n'avoir pas reconnu dans le Christ le Messie attendu. Très vif dans le catholicisme et le luthéranisme, l'antijudaïsme est plus faible dans le calvinisme dont le fondateur a insisté sur la continuité des alliances et avancé que des juifs seraient sauvés en tant que tels.

Même si elle repose sur de tout autres bases que l'antisémitisme racial surgi au XIXe siècle, la haine chrétienne des juifs a pu lui frayer la voie. L'Église catholique de France a été majoritairement antisémite et antidreyfusarde, puis pétainiste. À l'inverse, les protestants cultivaient avec les juifs de fortes affinités : l'Ancien Testament occupait une place vivante dans leur religion et leur culture, la mémoire de leurs souffrances et de leur fidélité propres les ouvrait à celles des juifs. Le village du Chambon-sur-Lignon1 est le symbole internationalement reconnu d'une amitié dans la nuit européenne des années 1940. Mais bien des prêtres et des couvents ont accueilli aussi largement les juifs persécutés.

Après la guerre, l'Église catholique a entrepris un important travail d'aggiornamento de ses relations avec les juifs. Les traces d'antijudaïsme ont été éradiquées. L'Amitié judéo-chrétienne, fondée par Jules Isaac en 1948, a réuni de grandes figures juives et catholiques soucieuses d'en finir avec les rejets et les fantasmes. Les protestants ont été de l'aventure, mais dans un rôle plus effacé. Les initiatives des papes d'après-guerre, la déclaration Nostra Aetate (Concile de Vatican II, 1965), les gestes de repentance des évêques de France puis du Vatican (1997-1998), ont marqué les esprits, même s'il reste ou surgit des zones d'ombre, du silence de Pie XII face à la Shoah à certaines béatifications voulues par Jean-Paul II en passant par l'affaire du carmel d'Auschwitz.

Les relations judéo-chrétiennes se sont recomposées : si l'Église catholique a rompu avec son antique inimitié, les protestants ont perdu une part de leur affinité avec les juifs. Leur culture minoritaire, ancrée à gauche, a conduit beaucoup d'entre eux à adhérer depuis les années 1970 à la cause palestinienne et à rejeter la politique de l'État d'Israël. Le fleuve des relations judéo-chrétiennes roule encore quelques eaux agitées.


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à lire

Juifs et protestants en France, les affinités électives, XVIe-XXe siècle. Patrick Cabanel. Fayard, 2004.

Contact

Patrick Cabanel
Laboratoire Framespa-Diasporas
CNRS-EHESS-Universités Toulouse 2 et 3
Tél. : +33 (0)5 61 50 35 66
Mél : patrick.cabanel@wanadoo.fr

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Laboratoire Framespa-Diasporas

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